Parmi le solide contingent d'artistes brésiliens invités à cette édition du Kunstenfestivaldesarts (lire aussi notre article sur le festival) figurent Leandro Nerefuh et Caetano, l'un basé à São Paulo et l'autre originaire de Salvador. En trio avec la danseuse argentine formée à Bruxelles à PARTS Cecilia Lisa Eliceche, ils présentent une performance à géométrie variable intitulée Orphic Exuberance Versus Solar Capitalism.
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Parmi le solide contingent d'artistes brésiliens invités à cette édition du Kunstenfestivaldesarts (lire aussi notre article sur le festival) figurent Leandro Nerefuh et Caetano, l'un basé à São Paulo et l'autre originaire de Salvador. En trio avec la danseuse argentine formée à Bruxelles à PARTS Cecilia Lisa Eliceche, ils présentent une performance à géométrie variable intitulée Orphic Exuberance Versus Solar Capitalism.Quand on pénètre dans la salle du dernier étage du KVS, la première stimulation est olfactive: l'air est saturé d'une fumée dégagée par des plantes brûlées. Et si la tête tourne un peu après quelques minutes, il n'y a apparemment là que du légal et de l'inoffensif: eucalyptus, cannelle, romarin, sauge, menthe... Bartira, invitée par le trio de base pour apporter sa touche à plusieurs épisodes de ce qu'ils décrivent eux-mêmes comme "une bataille cosmique pour le destin de l'univers, pour le destin de la Terre", est assise dans un coin de la pièce, en train de veiller à la consumation des herbes dans de petits récipients de terre, assurant plus tard régulièrement aux quatre coins de la pièce la dispersion de la fumée et un froissage odorant de feuilles.Deuxième constatation une fois franchi le seuil: il n'y a ici qu'un seul espace, sans scène, sans sièges, artistes et spectateurs partageant la même lumière, qui déclinera lentement sous la verrière jusqu'à la pénombre. Un peu hésitant, le public se répartit autour de trois personnages immobiles, masqués, dont l'accoutrement bigarré pourrait résulter d'un croisement entre l'opéra chinois, les mangas (on pense à Totoro, sans doute à cause des petites ombrelles de deux d'entre eux), le catch mexicain, la commedia dell'arte et -sans tomber dans la couleur locale ultra cliché- les carnavals outre-Atlantique. De cette immobilité initiale, un seul sortira d'abord, s'activant avec des baguettes pendant de longues minutes sur un instrument de percussion numérique pour un roulement de tambour de plus en plus secouant. Avec un comportement enfantin et/ou animal, les trois créatures vont se déplacer et interagir, se perchant sur certains éléments de la salle, s'accrochant à un hamac suspendu, poussant de petits cris ou des ricanements, tapant sur le sol et sur les tuyaux d'évacuation. Aucun mot ne sera prononcé, mais du texte sera projeté sur un des murs, énigmatique et évocateur, parlant de soleils, d'atomes, de corps et de dieux. Cette performance ne joue ni sur la virtuosité ni sur la mise en danger du corps, elle est tout entière tournée vers un message, politique, social, écologique, éthique: d'autres mondes sont possibles, ici et maintenant. "There is nothing new under the Sun. But there are new Suns." "We can save this immense planet with a finger tip if we like". Cette performance, c'est un ouvroir de potentiel, comme celui de l'OuLiPo de François Le Lyonnais et Raymond Queneau. Sauf qu'ici il ne s'agit pas de littérature, mais du monde.Nettement sous l'influence des cultures pré-colombiennes et des mouvements de résistance à toute forme d'oppression (colonisation, esclavage, capitalisme, mondialisation...), Orphic Exuberance Versus Solar Capitalism convoque -de façon peut-être naïve, peut-être désespérée, peut-être pathétique- une autre manière de vivre et de penser. Et laisse en bouche le goût amer d'une bataille loin d'être gagnée.