Percer. Quitter l'ombre d'un atelier, quand on a la chance d'en posséder un, et pouvoir s'exposer au grand jour. Ce rêve légitime et pénétrant, tous les jeunes artistes le font. En vrai, il se produit rarement. Souvent, c'est la galère, et la vie "de six mois en six mois" qu'on trouve à l'autre bout du désir d'émerger. "Les trois quarts d'entre nous décrochent", explique Sarah Caillard, plasticienne parisienne de 27 ans débarquée à Bruxelles. "Les difficultés sont nombreuses. Elles se concentrent sur deux dimensions essentielles d'un projet artistique: le temps et l'espace. Avoir un atelier est crucial mais cela coûte cher. A cela, il faut ajouter les coûts de production. Souvent, on prend un travail alimentaire pour régler ces questions matérielles. Avec pour conséquence que l'on met la pratique sur le côté. D'abord un peu et ensuite beaucoup... On se dit, c'est pas grave, je reprendrai quand j'aurai du temps. Mais celui-ci fond comme neige au soleil, l'énergie elle aussi s'amenuise. Alors on abandonne. On le fait d'autant plus vite que sur le marché personne ne nous attend et que, si l'on est cohérent dans sa démarche, l'oeuvre à venir appartient au registre de la rupture, ce qui complique sa réception par autrui", précise-t-elle.
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