Fabrice Murgia, directeur du Théâtre national, ironisait récemment sur ce dédain: "Alors que l'économie se relance à coups de milliards, aucune considération pour les artistes. Pourtant, lorsqu'on remercie les héros du moment, on le fait en musique ou en poésie." La culture a été une bouée de sauvetage pendant ce confinement. Elle nous a évité la noyade mentale. Entre deux JT et deux Zoom, on s'est empiffré de films, de séries, de rediffusions de concerts, de clips, de livres, de BD. Pour se distraire, pour s'évader, pour se ressourcer, pour se consoler, pour relativiser.

Si certains en doutaient encore, la création a fait la démonstration qu'elle est un bien de première nécessité. Une valeur refuge. C'est vrai en temps normal, ce l'est encore plus quand tout vacille. Un rôle sociétal à part qui justifiait à lui seul une attention particulière des autorités. Comme on prend soin d'un talisman. Or, dans les faits, malgré les cris, la mobilisation générale, les appels à l'aide désespérés, hormis cette réjouissante mais tardive ouverture (qui aurait pu déjà avoir lieu en même temps que les commerces), rien de concret n'a encore été mis sur la table au moment de boucler ces lignes pour les théâtres, les salles de concert, les festivals, les cinémas, pas de perspectives, pas d'horizon, pas d'espoir, à peine une formule ripolinée prononcée la semaine dernière en Conseil de sécurité sur le même ton que l'annonce de la réouverture des coiffeurs et des esthéticiennes: "La culture joue un rôle essentiel dans notre société." La Palice, sors de ce corps!

"Nous voulons des mesures extraordinaires qui garantissent un revenu à toutes celles et ceux qui peuvent justifier d'activités artistiques régulières, et ce durant toute la période qui sera impactée par la crise", implorait 300 acteurs du monde culturel, des frères Dardenne à Salvatore Adamo, dans une lettre adressée à la Première ministre. Visiblement, elle ne l'a pas reçue... Humiliant pour les artistes, les opérateurs et tous les maillons de la chaîne qui ne sont pas des inconscients et ont mis sur la table des propositions de reprise réalistes étalées dans le temps. Humiliant aussi pour tous les amateurs de musique live, de danse, de théâtre, de cinéma qui voient leur passion, leur boussole, sinon leur raison de vivre, traitées avec ce qui ressemble de plus en plus à du mépris. La classe politique qui se précipitait hier aux vernissages, qui couvrait de louanges nos talents célébrés dans le monde pour glaner quelques miettes de ce prestige qui fait battre le coeur plus vite, serait-elle gênée aujourd'hui de porter publiquement assistance à ces saltimbanques? La démagogie et le populisme nous auraient-ils conduits si bas?

Même si des mesures sont annoncées entre-temps, et il faudra bien qu'elles arrivent un jour, le ressort est cassé. La confiance est rompue. Trop de tâtonnements face à l'urgence. Trop de périphrases là où on attendait un soutien financier à la mesure de l'enjeu -sauver notre âme-, assorti -rêvons un peu- d'un discours habité qui fasse date sur les vertus consolatrices de l'art. Un message qui transcende, qui fasse vibrer, ça changerait un peu.

Les métiers créatifs, c'est 5% du PIB, soit plus que l'industrie automobile... D'un point de vue purement économique, le gouvernement aurait dû faire du sauvetage du secteur une priorité absolue. Surtout, on le répète, que la culture est le lubrifiant indispensable pour faire tourner la machine démocratique, et le meilleur rempart contre la barbarie et le nationalisme étriqué. La classe politique prend le risque de faire le lit d'un anti-élitisme en expansion. La culture a autant besoin des deniers publics que le pouvoir n'a besoin de la culture. Pour rayonner, pour parader, pour se donner une consistance...

Fabrice Murgia, directeur du Théâtre national, ironisait récemment sur ce dédain: "Alors que l'économie se relance à coups de milliards, aucune considération pour les artistes. Pourtant, lorsqu'on remercie les héros du moment, on le fait en musique ou en poésie." La culture a été une bouée de sauvetage pendant ce confinement. Elle nous a évité la noyade mentale. Entre deux JT et deux Zoom, on s'est empiffré de films, de séries, de rediffusions de concerts, de clips, de livres, de BD. Pour se distraire, pour s'évader, pour se ressourcer, pour se consoler, pour relativiser. Si certains en doutaient encore, la création a fait la démonstration qu'elle est un bien de première nécessité. Une valeur refuge. C'est vrai en temps normal, ce l'est encore plus quand tout vacille. Un rôle sociétal à part qui justifiait à lui seul une attention particulière des autorités. Comme on prend soin d'un talisman. Or, dans les faits, malgré les cris, la mobilisation générale, les appels à l'aide désespérés, hormis cette réjouissante mais tardive ouverture (qui aurait pu déjà avoir lieu en même temps que les commerces), rien de concret n'a encore été mis sur la table au moment de boucler ces lignes pour les théâtres, les salles de concert, les festivals, les cinémas, pas de perspectives, pas d'horizon, pas d'espoir, à peine une formule ripolinée prononcée la semaine dernière en Conseil de sécurité sur le même ton que l'annonce de la réouverture des coiffeurs et des esthéticiennes: "La culture joue un rôle essentiel dans notre société." La Palice, sors de ce corps! "Nous voulons des mesures extraordinaires qui garantissent un revenu à toutes celles et ceux qui peuvent justifier d'activités artistiques régulières, et ce durant toute la période qui sera impactée par la crise", implorait 300 acteurs du monde culturel, des frères Dardenne à Salvatore Adamo, dans une lettre adressée à la Première ministre. Visiblement, elle ne l'a pas reçue... Humiliant pour les artistes, les opérateurs et tous les maillons de la chaîne qui ne sont pas des inconscients et ont mis sur la table des propositions de reprise réalistes étalées dans le temps. Humiliant aussi pour tous les amateurs de musique live, de danse, de théâtre, de cinéma qui voient leur passion, leur boussole, sinon leur raison de vivre, traitées avec ce qui ressemble de plus en plus à du mépris. La classe politique qui se précipitait hier aux vernissages, qui couvrait de louanges nos talents célébrés dans le monde pour glaner quelques miettes de ce prestige qui fait battre le coeur plus vite, serait-elle gênée aujourd'hui de porter publiquement assistance à ces saltimbanques? La démagogie et le populisme nous auraient-ils conduits si bas? Même si des mesures sont annoncées entre-temps, et il faudra bien qu'elles arrivent un jour, le ressort est cassé. La confiance est rompue. Trop de tâtonnements face à l'urgence. Trop de périphrases là où on attendait un soutien financier à la mesure de l'enjeu -sauver notre âme-, assorti -rêvons un peu- d'un discours habité qui fasse date sur les vertus consolatrices de l'art. Un message qui transcende, qui fasse vibrer, ça changerait un peu. Les métiers créatifs, c'est 5% du PIB, soit plus que l'industrie automobile... D'un point de vue purement économique, le gouvernement aurait dû faire du sauvetage du secteur une priorité absolue. Surtout, on le répète, que la culture est le lubrifiant indispensable pour faire tourner la machine démocratique, et le meilleur rempart contre la barbarie et le nationalisme étriqué. La classe politique prend le risque de faire le lit d'un anti-élitisme en expansion. La culture a autant besoin des deniers publics que le pouvoir n'a besoin de la culture. Pour rayonner, pour parader, pour se donner une consistance...