Je peux comprendre qu'en ces temps inédits qui viennent nous rappeler que l'incertitude est partout dans nos vies, qui met en évidence les inégalités et les problèmes sociaux de notre société, un chemin bien tracé rassure.

La pandémie, les virologues, les épidémiologistes etc. s'y attendaient. Elle était dans leurs rapports. Il est vrai que depuis nombre d'années, nous sommes face à des gouvernements dans l'incapacité de penser le bien commun à long terme.

Dans nos vies, nous pouvons nous dire que nous ne savons pas ce que demain nous réserve, mais nous mettons des balises pour avancer tant que tout continue autour de nous. Dans l'intime, même face à l'inconstance des sentiments, nous nous accrochons au feu d'un regard, à une main qui se tend ou tout simplement au ronronnement d'un chat. Ailleurs, c'est un calendrier rempli de diverses échéances qui nous pousse vers les lendemains.

Pourtant, si on y réfléchit, la société dans laquelle nous vivons, est/était en train d'abolir le futur, non pas seulement à cause du désastre climatique annoncé, mais aussi par les ravages du capitalisme financier.

Que faire quand tout s'arrête? Quand plus rien ne tient?

Je repense au spectacle Ground and Floor qu'avait présenté Toshiki Okada en 2013 au Kunstenfestivaldesarts. Le Japon avait été dévasté par une catastrophe naturelle (tremblement de terre, tsunami, accident nucléaire) et il y avait une société en crise (économique, sociétale) et pétrifiée. Un spectacle dont on ne pouvait ressortir indemne, tant il mettait à nu les angoisses, la difficulté d'agir, de faire entendre une pensée neuve quand on ne sait plus à quoi s'accrocher, quand on ne perçoit plus de perspective.

Alors oui en ce moment, nous sommes en plein désarroi, nous ne savons plus quoi nous raconter face aux problèmes que fait surgir la pandémie. Ce n'est pas seulement la peur d'être touché par le virus, c'est aussi celle de ne pas avoir de quoi affronter les lendemains.

Depuis quelques dizaines d'années, on a voulu nous enlever nos utopies, ce lieu où on n'arrive jamais mais c'est pour nous faire oublier que peu importe la destination ce qui compte c'est le chemin et nous savons tous qu'il n'a pas le tracé d'une autoroute mais qu'il est sinueux comme un cours d'eau. Oui l'utopie n'a rien de tangible, mais quand nous l'inventons, nous avons envie de la toucher ne serait ce que du bout des doigts, et user de nos ressources pour nous en approcher.

En culture, depuis longtemps les politiques n'en sont plus vraiment. La pensée a été remplacée par des chiffres et des grilles. Et toujours davantage de management, davantage de logique comptable pour ces arts dont on veut qu'ils justifient leurs existences. La marchandisation est bien en place et risque de dévorer ce qu'il reste de "bien public".

Cette crise Covid-19 est le moment opportun pour remettre de la pensée au coeur de nos actes, de nos mises en oeuvre, de repartir sur de nouvelles bases en questionnant non seulement nos outils mais la manière dont nous nous en servons, en questionnant nos pratiques tant artistiques qu'entre "institutions" et artistes, en palabrant. Il est grand temps de nous réinventer sous peine de fonctionner en vase clos et de s'asphyxier.

Revoyons nos modes de productions, nos calendriers de saisons qui se dessinent trop en amont. Déplaçons notre regard, nos façons de faire, métamorphosons-nous, laissons nos imaginations se conjuguer à l'éphémère et les pousses qui en naîtront, faisons les rêver. Pour reprendre les mots de Marielle Macé, il nous faut "jardiner des possibles" et ainsi "réoccuper l'avenir". Notre seul possible, notre seul commun est d'oser, de risquer.

L'imagination est notre seule certitude.

Jeannine Dath, spectatrice professionnelle, jardinière amatrice et rêveuse

Je peux comprendre qu'en ces temps inédits qui viennent nous rappeler que l'incertitude est partout dans nos vies, qui met en évidence les inégalités et les problèmes sociaux de notre société, un chemin bien tracé rassure.La pandémie, les virologues, les épidémiologistes etc. s'y attendaient. Elle était dans leurs rapports. Il est vrai que depuis nombre d'années, nous sommes face à des gouvernements dans l'incapacité de penser le bien commun à long terme.Dans nos vies, nous pouvons nous dire que nous ne savons pas ce que demain nous réserve, mais nous mettons des balises pour avancer tant que tout continue autour de nous. Dans l'intime, même face à l'inconstance des sentiments, nous nous accrochons au feu d'un regard, à une main qui se tend ou tout simplement au ronronnement d'un chat. Ailleurs, c'est un calendrier rempli de diverses échéances qui nous pousse vers les lendemains.Pourtant, si on y réfléchit, la société dans laquelle nous vivons, est/était en train d'abolir le futur, non pas seulement à cause du désastre climatique annoncé, mais aussi par les ravages du capitalisme financier.Que faire quand tout s'arrête? Quand plus rien ne tient?Je repense au spectacle Ground and Floor qu'avait présenté Toshiki Okada en 2013 au Kunstenfestivaldesarts. Le Japon avait été dévasté par une catastrophe naturelle (tremblement de terre, tsunami, accident nucléaire) et il y avait une société en crise (économique, sociétale) et pétrifiée. Un spectacle dont on ne pouvait ressortir indemne, tant il mettait à nu les angoisses, la difficulté d'agir, de faire entendre une pensée neuve quand on ne sait plus à quoi s'accrocher, quand on ne perçoit plus de perspective.Alors oui en ce moment, nous sommes en plein désarroi, nous ne savons plus quoi nous raconter face aux problèmes que fait surgir la pandémie. Ce n'est pas seulement la peur d'être touché par le virus, c'est aussi celle de ne pas avoir de quoi affronter les lendemains.Depuis quelques dizaines d'années, on a voulu nous enlever nos utopies, ce lieu où on n'arrive jamais mais c'est pour nous faire oublier que peu importe la destination ce qui compte c'est le chemin et nous savons tous qu'il n'a pas le tracé d'une autoroute mais qu'il est sinueux comme un cours d'eau. Oui l'utopie n'a rien de tangible, mais quand nous l'inventons, nous avons envie de la toucher ne serait ce que du bout des doigts, et user de nos ressources pour nous en approcher.En culture, depuis longtemps les politiques n'en sont plus vraiment. La pensée a été remplacée par des chiffres et des grilles. Et toujours davantage de management, davantage de logique comptable pour ces arts dont on veut qu'ils justifient leurs existences. La marchandisation est bien en place et risque de dévorer ce qu'il reste de "bien public".Cette crise Covid-19 est le moment opportun pour remettre de la pensée au coeur de nos actes, de nos mises en oeuvre, de repartir sur de nouvelles bases en questionnant non seulement nos outils mais la manière dont nous nous en servons, en questionnant nos pratiques tant artistiques qu'entre "institutions" et artistes, en palabrant. Il est grand temps de nous réinventer sous peine de fonctionner en vase clos et de s'asphyxier.Revoyons nos modes de productions, nos calendriers de saisons qui se dessinent trop en amont. Déplaçons notre regard, nos façons de faire, métamorphosons-nous, laissons nos imaginations se conjuguer à l'éphémère et les pousses qui en naîtront, faisons les rêver. Pour reprendre les mots de Marielle Macé, il nous faut "jardiner des possibles" et ainsi "réoccuper l'avenir". Notre seul possible, notre seul commun est d'oser, de risquer. L'imagination est notre seule certitude.Jeannine Dath, spectatrice professionnelle, jardinière amatrice et rêveuse