"Wacking, ça vient de wack!, le son d'une gifle dans les comics. Et dans le wacking, on utilise beaucoup les bras." Face aux quarante participants remontés à bloc et assoiffés d'apprendre, Antoinette Gomis livre les clés d'un style né en pleine période disco au sein de la communauté LGBT de Los Angeles. Sur Diana Ross, elle montre comment positionner les coudes, comment se place la main quand elle passe devant le visage, comment compter les temps sur la musique. "Imaginez que vous ouvrez une porte, ou des volets, mais de manière très dramatique", éclaire-t-elle. Puis c'est Cloclo à fond. Magnolias for Ever, Alexandrie Alexandra. La température monte, les gestes sont de mieux en mieux maîtrisés. Les danseurs se marrent, s'encouragent, applaudissent entre les séquences. Et le cours se termine par un cypher, le cercle de danse où chacun peut s'exprimer.
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"Wacking, ça vient de wack!, le son d'une gifle dans les comics. Et dans le wacking, on utilise beaucoup les bras." Face aux quarante participants remontés à bloc et assoiffés d'apprendre, Antoinette Gomis livre les clés d'un style né en pleine période disco au sein de la communauté LGBT de Los Angeles. Sur Diana Ross, elle montre comment positionner les coudes, comment se place la main quand elle passe devant le visage, comment compter les temps sur la musique. "Imaginez que vous ouvrez une porte, ou des volets, mais de manière très dramatique", éclaire-t-elle. Puis c'est Cloclo à fond. Magnolias for Ever, Alexandrie Alexandra. La température monte, les gestes sont de mieux en mieux maîtrisés. Les danseurs se marrent, s'encouragent, applaudissent entre les séquences. Et le cours se termine par un cypher, le cercle de danse où chacun peut s'exprimer. La scène se déroule dans une des salles du Centre Destelheide, à Dworp, au sud de Bruxelles. C'est dans ce cadre verdoyant qu'a lieu le second camp de l'été 2021 organisé par Freestyle Lab. Quarante participants, cinq profs, sept jours, six heures de cours par jour et des jams un soir sur deux, avec, le dernier soir, un Supreme Cypher où la sueur coule à flots. "On a ici des danseurs de tous les styles, détaille Anissa Brennet, fondatrice de Freestyle Lab: dancehall, house, hip-hop, pop, lock... Des B-Boys, des danseuses de contemporain... Et tout le monde est à l'aise." "Ça m'a vraiment donné envie d'apprendre de nouveaux styles, vous rencontrez des gens d'un peu partout, s'enthousiasme Constantin Tombroff, fan de house, étudiant bioingénieur de 23 ans qui a participé au camp l'année dernière et qui est de retour cette année. En freestyle, il ne faut pas s'excuser d'être soi-même, on peut montrer qui on est vraiment." Anissa Brennet a eu la révélation freestyle à Los Angeles, lors d'un cours avec le pionnier Super Dave. "Je me suis rendu compte que c'était ça que je voulais faire: danser en regardant les gens dans les yeux, en échangeant avec eux, en ayant un vrai partage, et pas simplement suivre une choré." Originaire de Mons, la jeune femme s'installe à Bruxelles en 2014 et "fait le forcing" pour s'entraîner avec Baloo The Cage, référence en freestyle. Grâce au programme de soutien aux artistes urbains 1000 Pieces Puzzle du Zinnema, à Anderlecht, elle lance au printemps 2016 une série de workshops suivis de jams, clôturée par un battle all styles. Un succès, qui réunit une centaine de danseurs. "J'ai compris que mon besoin et ma frustration étaient ceux de toute une communauté, se souvient-elle. Il y avait un manque d'échanges, d'activités, d'événements et il fallait répondre à ce manque." Dans son boulot, Anissa Brennet est amenée à organiser de grands congrès médicaux pour une fédération européenne et apprend les bases de la coordination d'événements. En 2019, elle quitte cet emploi, suit une formation en entrepreneuriat et se consacre pleinement au développement de Freestyle Lab. Aujourd'hui, elle est artiste à temps plein, à la fois danseuse, chorégraphe, pédagogue, organisatrice d'événements et manageuse d'artistes (1). Jeune maman, elle a mis sur pied pour la troisième fois le camp d'été Freestyle Lab. La demande est telle qu'en 2021, le camp a été dédoublé: une semaine en juillet et une semaine en août. Alors que, vue de l'extérieur, la danse hip-hop semble plutôt être un univers masculin, le camp Freestyle Lab accueille plus de filles que de garçons. Paradoxal? Anissa Brennet donne un début d'explication en parlant de son parcours personnel: "Quand j'ai commencé, mes parents ne me laissaient pas m'entraîner dans des gares ou des galeries, ou passer la soirée dans un battle. En tant que fille, on ne peut pas "traîner" comme les garçons. Mais quand il y a un cadre pédagogique, des cours, les parents sont rassurés. Je pense aussi qu'on manque en Belgique de formatrices qui puissent être des modèles auxquelles les filles puissent s'identifier. Et puis, il y a le fait que ces danseuses deviennent mamans. Moi, j'emmène mon petit ici pour prouver aux gens que c'est possible d'être maman et danseuse, mais ça demande beaucoup d'organisation." Parmi les cinq profs du camp, Anissa Brennet met un point d'honneur à ce qu'il y ait au moins une fille. Et un Belge. En l'occurrence Sponky, né en RDC, arrivé chez nous à 6 ans et membre de la première génération de hip-hop en Belgique dans les années 1980. Celle qui s'installait en douce dans les salles de ULB après les cours pour s'entraîner, celle qui a "saigné" les cassettes vidéo en provenance des Etats-Unis et qui a posé la Belgique comme pionnière du hip-hop en Europe. "A l'époque, les infos arrivaient lentement, donc on était plus affamés, relève-t-il. Et quand on recevait l'info, on l'utilisait jusqu'à l'épuisement." Aujourd'hui, alors qu'on peut consulter des centaines de vidéos en un seul clic, se former au hip-hop n'est pas forcément plus simple: "Il y a tellement d'infos, tellement de choix que c'est devenu compliqué de s'y retrouver. Trop d'info, ça devient de l'intox. Et ce qu'on apprend, on n'a pas le temps de l'emmagasiner, alors qu'il faut un temps d'apprentissage, de compréhension, de vécu." D'où l'importance d'une structure comme Freestyle Lab dans le parcours des danseurs. Il n'y a pas qu'en hip-hop que des trous se comblent grâce à de nouvelles initiatives (lire aussi l'encadré). En avril dernier, une bonne nouvelle pour le monde de la danse classique était officiellement dévoilée lors d'une conférence de presse: une école, la Mosa Ballet School, s'ouvrira en plein centre de Liège en septembre 2022. Un fameux bond en avant en Fédération Wallonie-Bruxelles, puisqu'en Belgique, il n'y a actuellement qu'une seule école de ce genre, la Koninklijke Balletschool d' Anvers. Au départ de ce projet presque incroyable tant il est audacieux, il y a Benjamine De Cloedt, pas danseuse elle-même mais maman de danseuse (lire aussi Le Vif du 10 juin dernier). "Ma fille est partie à 11 ans pour devenir petit rat de l'opéra. C'est une formation très lourde, il faut suivre une scolarité en même temps que 35 heures de danse par semaine. Petit à petit, j'ai réalisé qu'il y avait encore trop d'écoles de danse classique où les élèves pouvaient être cassés physiquement et psychologiquement. Je me disais qu'il serait possible d'imaginer une école différente, qui associe l'excellence et la bienveillance. Il y a trois ans, j'ai eu un déclic: la vie est trop courte, il fallait se lancer." Benjamine De Cloedt se met alors en quête d'un bâtiment. Son mari liégeois, Damien Comeliau, attire son attention sur le fait que l'ancien siège de la Banque nationale à Liège - 10.000 mètres carrés - est à vendre. "Quand on a visité les lieux, je voyais déjà les élèves danser dedans", se rappelle-t-elle. L'objectif est d'accueillir 115 élèves, belges et étrangers, de 12 à 18 ans (avec 35 élèves la première année), qui suivront leur formation scolaire en matinée à l' Athénée royal Charles Rogier. "Bien sûr, c'est un challenge d'attirer des professeurs et des élèves dans une école qui n'existe pas encore. Mais notre directeur artistique, Pedro Carneiro (formé à l'Académie Vaganova à Saint-Pétersbourg et à la John Cranko Schule de Stuttgart et ancien directeur de l'école de danse du Conservatoire de Lisbonne), est une référence. Nous sommes très confiants", affirme Damien Comeliau. Mais le projet n'est pas uniquement scolaire. La Mosa Ballet School entend aussi développer un programme social et thérapeutique, intitulé Alors on danse!, à destination de groupes plus "fragiles" comme les handicapés ou les personnes atteintes de maladies dégénératives. Le modèle est celui de la Canada's National Ballet School, à Toronto, qui multiplie les initiatives en ce sens et est, à ce titre, subsidiée en partie par le ministère de la Santé. Pour l'heure, le couple est à la recherche de soutien pour financer le fonctionnement de l'école, avec un budget annuel de quatre millions. "Dans notre plan, la répartition est de 41% de subsides des pouvoirs publics, 25% pour le minerval des élèves, 6% de revenus divers du bâtiment et de 30% de financement privé, mécénat, sponsoring et autres. Nous cherchons aussi à compléter le cercle des amis fondateurs", précise Damien Comeliau. Le projet est beau, l'appel est lancé. Une école qui naît, ça n'arrive pas tous les jours.