Dès ses premiers pas dans l'institut Giacometti, le visiteur tombe en arrêt devant la remarquable reconstitution de l'atelier de l'artiste, premier jalon d'un écrin ponctué d'un cabinet d'art graphique, d'une bibliothèque pour les chercheurs et de salles d'exposition aux dimensions confidentielles. La reconstitution en question a été opérée au départ d'images de grands photographes tels Sabine Weiss, Gordon Parks ou Robert Doisneau. Rien n'a été négligé pour offrir ce sentiment d'immersion que les lieux d'art prisent aujourd'hui avec avidité. Les architectes responsables du projet, Pascal Grasso et Pierre-Antoine Gatier, ont imaginé un dis...

Dès ses premiers pas dans l'institut Giacometti, le visiteur tombe en arrêt devant la remarquable reconstitution de l'atelier de l'artiste, premier jalon d'un écrin ponctué d'un cabinet d'art graphique, d'une bibliothèque pour les chercheurs et de salles d'exposition aux dimensions confidentielles. La reconstitution en question a été opérée au départ d'images de grands photographes tels Sabine Weiss, Gordon Parks ou Robert Doisneau. Rien n'a été négligé pour offrir ce sentiment d'immersion que les lieux d'art prisent aujourd'hui avec avidité. Les architectes responsables du projet, Pascal Grasso et Pierre-Antoine Gatier, ont imaginé un dispositif léché pour susciter une longue contemplation. Trois marches en guise de gradins et une baie vitrée extraclaire donnent l'impression au regardeur d'être au coeur du processus de création. Cet agencement fonctionne d'autant mieux qu'il est nourri d'éléments originaux uniques conservés par Annette, la veuve d'Alberto Giacometti (1901 - 1966). Cette scénographie efficace fait également place à quelques détails bien sentis: vieux matelas défoncé sur lequel dormait l'intéressé, pardessus élimé, chevalet patiné, paires de lunettes ou pot en grès rempli de pinceaux jusqu'à la garde. Cette mise en scène n'a rien de gratuit, elle permet de renouer avec l'approche d'un artiste pour qui l'atelier était essentiel. "Alberto Giacometti comprenait cet espace comme une extension de lui-même", explique Catherine Grenier, la directrice de la Fondation. Vrai: le sculpteur n'a jamais daigné vivre en appartement, lui qui se moquait du confort et des objets. Les 23 mètres carrés de son studio de Montparnasse étaient pour lui l'assurance d'une totale liberté. L'homme allait et venait comme il le souhaitait, travaillant une grande partie de la nuit et fréquentant assidûment les bordels. La fondation Giacometti sise à Paris (à ne pas confondre avec la fondation suisse) a fait le choix d'un hôtel particulier de 350 mètres carrés pour renouveler le regard posé sur ce natif des Grisons. "Il nous fallait un lieu d'exposition car nous possédons un patrimoine remarquable composé de 350 sculptures, 90 peintures, plus de 2.000 dessins, autant d'estampes et d'objets décoratifs... qui sont restés inaccessibles au public depuis la mort de l'artiste. Dans la mesure où nos moyens sont limités, l'idée a été de profiter de cette contrainte pour promouvoir un autre modèle d'exposition. Avec la fortune de l'oeuvre de Giacometti, une distance s'est créée avec le public, il est aujourd'hui difficile d'expérimenter un face-à-face intimiste. C'est ce créneau de proximité que nous promouvons, notamment à travers un système de visites, uniquement sur réservation, faisant place à un maximum de 40 visiteurs à la fois", poursuit Catherine Grenier.Après une exposition inaugurale consacrée au lien entre Alberto Giacometti et Jean Genet, c'est au tour d'Annette Messager, figure majeure de l'art contemporain, de signer, début octobre, un parcours d'oeuvres conçu comme un dialogue avec le père de L'Homme qui marche. Au vu des convergences thématiques entre les deux, c'est l'assurance d'une relecture féconde.