C'est de plus en plus clair: nous sommes entrés dans l'ère post-#MeToo. On savait que le chorégraphe bruxellois Thierry Smits avait des penchants pour le féminisme depuis le solo ReVoLt (2015), porté par la danseuse australienne Nicola Leahey. On passe aujourd'hui à un niveau supérieur avec WaW, spectacle impliquant onze danseurs masculins invités à explorer leur féminité dans un ingénieux décor composé de casiers jaunes et noirs. Mais là où l'intention est ultra louable, le résultat pose question, notamment parce qu'il reflète crûment des stéréotypes tenaces.
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C'est de plus en plus clair: nous sommes entrés dans l'ère post-#MeToo. On savait que le chorégraphe bruxellois Thierry Smits avait des penchants pour le féminisme depuis le solo ReVoLt (2015), porté par la danseuse australienne Nicola Leahey. On passe aujourd'hui à un niveau supérieur avec WaW, spectacle impliquant onze danseurs masculins invités à explorer leur féminité dans un ingénieux décor composé de casiers jaunes et noirs. Mais là où l'intention est ultra louable, le résultat pose question, notamment parce qu'il reflète crûment des stéréotypes tenaces. Tout commence dans les vestiaires d'une équipe de foot victorieuse, concentré de testostérone et de blagues en-dessous de la ceinture, une séquence traitée avec humour comme un saccadé "image par image". Après la douche (des micros suspendus faisant office de pommes), les corps éminemment virils se métamorphosent progressivement pour "devenir femmes". Sans le devenir vraiment, cela va de soi. Alors comment signifier un corps de femme? En cachant son pénis? En cambrant le buste? En adoptant une démarche chaloupée façon catwalk? En prenant des poses aguichantes? N'y a-t-il donc pas d'alternative à la bimbo qui tortille des fesses? Et s'il n'y avait finalement pas besoin d'en faire des tonnes pour laisser parler sa féminité ?Scène suivante. Une "battle song", avec deux chanteurs interprétant l'un les paroles de la femme, l'autre les paroles de l'homme (on saluera au passage la performance vocale de plusieurs des interprètes), incarnées en alternance par un danseur au milieu de la scène. À la fin, le mâle accable la femelle de ses coups, jusqu'à la tuer. Scène suivante. Des filles se font accoster plus ou moins vulgairement, et dans différentes langues, dans l'espace public. Intimidées, elles gardent le silence, tentant tout au plus un geste désapprobateur. Et ce seront là les deux seuls tableaux où a lieu la confrontation entre les deux sexes. En guise de final, WaW propose un sabbat de sorcières (pas avec des verrues poilues et des nez crochus, mais avec des couronnes de fleurs à la Femen) prouvant que, oui, les femmes savent très bien s'amuser entre elles. Alors quoi? Qu'est-ce qu'il faut en conclure? Entre la position de victime et le ghetto sexuel, entre la violence et l'entre-soi, il n'y a vraiment rien comme modèle de cohabitation sur cette planète? Là où ReVoLt, solo de femme, passait comme une lettre à la poste, ce WaW a un goût de pavé dans la mare. Peut-on prendre la parole à la place de l'autre? Le brouhaha autour -entre autres- du film Detroit de Kathryn Bigelow -est-ce qu'une Blanche a le droit de signer un film sur les émeutes raciales de 1967?- démontre que la tâche, malgré toutes les bonnes intentions, reste hyper casse-gueule. Mais Thierry Smits a le mérite de démontrer que certaines certitudes sont en voie de remise en cause, que certaines prises de conscience sont à l'oeuvre. C'est déjà pas mal.