Sous le titre du spectacle dessiné en néons flash, elles arrivent toutes les trois en tenue orange, "the new black", pour prendre la pose quelques secondes: Nathalie Uffner, directrice artistique du Théâtre de la Toison d'or et metteuse en scène maison qui ne rechigne pas à remonter de temps en temps sur les planches; Odile Mathieu, comédienne passée par la Ligue d'Impro; et June Owens, fraîchement sortie du Conservatoire de Bruxelles, déjà vue au TTO dans Croisière Coconuts. Chacune a la lourde tâche d'incarner respectivement une femme juive, une femme catho et une femme musulmane, d'abord une succession de monologu...

Sous le titre du spectacle dessiné en néons flash, elles arrivent toutes les trois en tenue orange, "the new black", pour prendre la pose quelques secondes: Nathalie Uffner, directrice artistique du Théâtre de la Toison d'or et metteuse en scène maison qui ne rechigne pas à remonter de temps en temps sur les planches; Odile Mathieu, comédienne passée par la Ligue d'Impro; et June Owens, fraîchement sortie du Conservatoire de Bruxelles, déjà vue au TTO dans Croisière Coconuts. Chacune a la lourde tâche d'incarner respectivement une femme juive, une femme catho et une femme musulmane, d'abord une succession de monologues.La chronologie des prophètes étant ici respectée, c'est Uffner qui commence. "Mon mari aurait dû être rabbin!", lance-t-elle d'emblée. Albert Maizel, époux dans la vie réelle de la patronne, mais aussi co-fondateur et président des lieux, sera le sujet principal de cette première intervention, dans un pur geste d'autodérision puisque c'est lui-même qui signe le texte. Voici donc Albert, Juif arabe d'origine égyptienne, se critiquant lui-même à travers la bouche de sa femme. L'occasion de faire la distinction entre Juifs séfarades (en gros, plutôt du sud, lui) et Juifs ashkénases (plutôt du nord, elle) et de dresser un petit tableau des habitudes alimentaires traditionnelles, deux sujets déjà abordés par Uffner dans son ouvrage co-écrit avec Sébastien Ministru La cuisine juive expliquée à mon ami goy. Pour le deuxième monologue, la djellaba, le foulard dans les cheveux d'Odile Mathieu et les "Inch'Allah" lancés au téléphone à Abdou induisent en erreur: Véro n'est pas musulmane mais plutôt motivée par la charité chrétienne. Cette résidente de Grez-Doiceau accueille des migrants chez elle de façon presque compulsive, en irrépressible altruiste, au grand dam de sa fille Joséphine, 13 ans. Cette bonne Samaritaine de notre époque est plutôt bien croquée par Myriam Leroy, entrée au TTO en tant qu'autrice avec Cherche l'amour (et directement lauréate des Prix de la Critique pour cette première pièce).À rebours des conventions, la représentante de l'Islam, née de la plume de Mehdi Bayad (par ailleurs attaché de presse du TTO), est belge d'origine algérienne, lesbienne, considérant la religion plutôt comme une philosophie, mais aussi une braqueuse qui débarque sur scène flingue à la main pour un casse avec son copain Jean-Claude tout juste sorti de prison. Ça fait beaucoup à porter pour une seule femme et June Owens n'est pas assez badass pour être crédible. Les choses se compliquent encore quand cette dernière, sortant de son rôle, pique une crise de nerfs mettant à mal la suite du spectacle. Au-delà des claquages de porte et des prises de becs, le show continue en mode méta, abordant encore les menstruations, la niddah, le Kosher Sex (d'après le titre de l'ouvrage du rabbi Shmuley Boteach) et les blagues sur les blondes, avant de laisser le dernier mot à Beyoncé pour son son hymne de pop feminism, Run the World (Girls)! Dommage qu'on ait un peu perdu le fil en cours de route...