Pour parler de Dumy Moyi, il faut d'abord parler du theyyam. Dans cette danse rituelle pratiquée dans le Kerala, État de la pointe méridionale de l'Inde, les interprètes sont métamorphosés par d'énormes coiffes, robes, parures, parfois par des éléments collés sur le visage et toujours par un maquillage raffiné et ultra coloré qui les font sortir du domaine humain. Ils deviennent des dieux, dont la bénédiction est sollicitée par les spectateurs. Ce type de danse sacrée a été une des sources d'inspiration de François Chaignaud pour ce solo -une escapade hors de sa collaboratio...

Pour parler de Dumy Moyi, il faut d'abord parler du theyyam. Dans cette danse rituelle pratiquée dans le Kerala, État de la pointe méridionale de l'Inde, les interprètes sont métamorphosés par d'énormes coiffes, robes, parures, parfois par des éléments collés sur le visage et toujours par un maquillage raffiné et ultra coloré qui les font sortir du domaine humain. Ils deviennent des dieux, dont la bénédiction est sollicitée par les spectateurs. Ce type de danse sacrée a été une des sources d'inspiration de François Chaignaud pour ce solo -une escapade hors de sa collaboration fertile avec Cecilia Bengolea (Sylphides, Dub Love, (M)IMOSA...). Une et pas l'unique puisque Dumy Moyi lorgne aussi bien du côté de l'opéra baroque, des cabarets allemands du début du XXe que du folklore ukrainien. Entre autres.Cela commence dans l'incertitude. Le public est invité à entrer dans la salle à colonnes au rez de la Raffinerie de Charleroi danse, à Molenbeek. Il n'y a pas de scène, pas de sièges. On reste debout en ne sachant pas très bien où se mettre. On attend en guettant l'entrée du danseur, sur les tambours qui roulent en fond sonore. Le noir se fait enfin et François Chaignaud apparaît, courbé, visage vers le bas, invisible, presque nu mais paré d'un incroyable costume conçu par le styliste basé à Anvers Romain Brau. Il est fait d'éléments épars -cheveux, plumes, ossements d'animaux, ornements métallisés...- et un cerceau suspendu à la façon d'une crinoline lui donne une ampleur particulière. Le danseur est éclairé par un technicien qui portera en permanence le principal projecteur, en en modifiant régulièrement l'intensité et la couleur. Sa position par rapport au danseur, en mouvement constant dans l'espace, est la seule barrière -conventionnelle, afin de ne pas entraver la source de lumière- imposée aux spectateurs, libres pour le reste de se déplacer où ils le souhaitent, dans une proximité presque intimidante. Il est en effet tout proche, François Chaignaud. Il nous frôle. Mais il est en même temps très loin de nous, par la transfiguration que réalisent son costume -trois tenues différentes- et son maquillage, par sa danse, aux brefs éclats virtuoses mais à la maîtrise permanente, et puis par son chant. Tantôt grave et profonde, tantôt de fausset, la voix quasi omniprésente du danseur glisse avec une facilité déconcertante d'un air séphardique médiéval à une zarzuella philippine des années 30, d'un traditionnel ombrien à une chanson de Tchaïkovski. Et Chaignaud de rendre ainsi hommage aux artistes bigger than life, d'ici et d'ailleurs, qui réussissent à s'extraire du réel pour atteindre autre chose. Après les applaudissements, il faut un peu de temps pour sortir de la fantasmagorie et retoucher terre.