En cet été Covid, les artistes qui ont retroussé leurs manches pour proposer du spectacle vivant malgré les restrictions et la multitude d'obstacles ont emprunté des voies diverses, mais se rejoignent sur certains points. Ainsi Crépuscule, créé à Namur et passé par Flagey, et Jonathan, qui marquait la rentrée du KVS, partagent le même principe, le même prétexte: le public est réuni, sur une place publique en partie "privatisée" pour l'occasion, pour une cérémonie funéraire en l'honneur d'une personne disparue pendant le confinement.

C'est peut-être la plus grande violence qui a été imposée par la pandémie, qui a marqué les esprits et dont l'Histoire se souviendra probablement: l'interdiction de pouvoir accompagner ses mourants et enterrer ses morts -une des pratiques qui distingue l'homme de l'animal depuis l'aube de l'humanité- comme on l'aurait souhaité. Ajoutant au chagrin du deuil celui de la distance forcée. Dans Crépuscule, quatre frères rendaient un hommage en texte et en musique à leur frère aîné; dans Jonathan, présenté dehors l'arrière du KVS et repris dans la salle en avril, Herman (Bruno Vanden Broecke) organise une cérémonie pour sa mère, Claudine, et a invité quelques personnes à prendre la parole à ses côtés. Notamment Jonathan (Valentijn Dhaenens), le robot de soins palliatifs qui l'a accompagnée pendant ses derniers jours quand lui, son propre fils, n'y était pas autorisé.

Et c'est ici que Jonathan rejoint d'autres spectacles de cette saison qui mettent en scène des interactions entre robots et êtres humains (Zoo, à voir prochainement à l'Atelier 210, et Contes et légendes, en novembre au National). Une confrontation que la pandémie a rendue plus brûlante encore, et qui pose de nombreuses questions. En quoi les robots peuvent-ils nous être utiles quand les contacts entre humains sont interdits? Dans quelle mesure peuvent-ils prendre notre place? Jusqu'où leur laisse-t-on la liberté de prendre des décisions? Jusqu'à quel point peut-on accepter qu'ils accumulent des données à notre sujet? Seront-ils bientôt capables de percevoir même les émotions que nous souhaiterions dissimuler (certaines smartwatches le font déjà)?

Par le biais d'un humour que tempère le contexte funéraire, et avec des moyens simplissimes mais futés, Jonathan met en évidence ce que les robots ont en plus que les humains, mais aussi ce qu'ils ont en moins. Et qu'ils ne sont, on l'espère, pas près d'avoir...

Jonathan: repris du 15 au 30 avril au KVS, www.kvs.be

En cet été Covid, les artistes qui ont retroussé leurs manches pour proposer du spectacle vivant malgré les restrictions et la multitude d'obstacles ont emprunté des voies diverses, mais se rejoignent sur certains points. Ainsi Crépuscule, créé à Namur et passé par Flagey, et Jonathan, qui marquait la rentrée du KVS, partagent le même principe, le même prétexte: le public est réuni, sur une place publique en partie "privatisée" pour l'occasion, pour une cérémonie funéraire en l'honneur d'une personne disparue pendant le confinement. C'est peut-être la plus grande violence qui a été imposée par la pandémie, qui a marqué les esprits et dont l'Histoire se souviendra probablement: l'interdiction de pouvoir accompagner ses mourants et enterrer ses morts -une des pratiques qui distingue l'homme de l'animal depuis l'aube de l'humanité- comme on l'aurait souhaité. Ajoutant au chagrin du deuil celui de la distance forcée. Dans Crépuscule, quatre frères rendaient un hommage en texte et en musique à leur frère aîné; dans Jonathan, présenté dehors l'arrière du KVS et repris dans la salle en avril, Herman (Bruno Vanden Broecke) organise une cérémonie pour sa mère, Claudine, et a invité quelques personnes à prendre la parole à ses côtés. Notamment Jonathan (Valentijn Dhaenens), le robot de soins palliatifs qui l'a accompagnée pendant ses derniers jours quand lui, son propre fils, n'y était pas autorisé. Et c'est ici que Jonathan rejoint d'autres spectacles de cette saison qui mettent en scène des interactions entre robots et êtres humains (Zoo, à voir prochainement à l'Atelier 210, et Contes et légendes, en novembre au National). Une confrontation que la pandémie a rendue plus brûlante encore, et qui pose de nombreuses questions. En quoi les robots peuvent-ils nous être utiles quand les contacts entre humains sont interdits? Dans quelle mesure peuvent-ils prendre notre place? Jusqu'où leur laisse-t-on la liberté de prendre des décisions? Jusqu'à quel point peut-on accepter qu'ils accumulent des données à notre sujet? Seront-ils bientôt capables de percevoir même les émotions que nous souhaiterions dissimuler (certaines smartwatches le font déjà)? Par le biais d'un humour que tempère le contexte funéraire, et avec des moyens simplissimes mais futés, Jonathan met en évidence ce que les robots ont en plus que les humains, mais aussi ce qu'ils ont en moins. Et qu'ils ne sont, on l'espère, pas près d'avoir...