Ce projet, Paola Piscottano le porte depuis 2018. Depuis ce jour où, en visite dans son ancienne école du sud de l'Italie, elle est tombée sur un autocollant vantant le fascisme. À quel point le mal est-il généralisé? S'agit-il uniquement de l'Italie? Et comment en est-on arrivé là? Avec ces questionnements, la metteuse en scène est partie interviewer de jeunes Belges, Français, Italiens et Grecs. Et c'est une partie des mots récoltés qui est livrée sur scène, par qua...

Ce projet, Paola Piscottano le porte depuis 2018. Depuis ce jour où, en visite dans son ancienne école du sud de l'Italie, elle est tombée sur un autocollant vantant le fascisme. À quel point le mal est-il généralisé? S'agit-il uniquement de l'Italie? Et comment en est-on arrivé là? Avec ces questionnements, la metteuse en scène est partie interviewer de jeunes Belges, Français, Italiens et Grecs. Et c'est une partie des mots récoltés qui est livrée sur scène, par quatre comédiens polyglottes et complices: Marios Bellas, Debora Binci, Esther Gouarne et Aymeric Trionfo. On commence par faire les présentations. L'un habite Namur et pratique la boxe. Une autre a eu les doigts coupés dans un accident. Une autre explique que Another Love, de Tom Odell, est sa chanson préférée. Les paroles ont tendance à se chevaucher, on s'interrompt sans gêne, dans une sorte d'autocentrisme tellement gros qu'il suscite le rire. Mais quand les opinions politiques se précisent, on rit moins. Gouailleuse, Esther Gouarné demande à chacun, public compris, de prononcer "Schild en vriend", formule devenue célèbre qui permit, grâce à sa prononciation ardue, de distinguer les vrais Flamands des ennemis lors de la bataille des éperons d'or. Puis elle se lance, bientôt rejointe par les trois autres, dans une danse joyeuse sur Dit is vlaamse grond ("Ceci est une terre flamande"), hymne néo-folk catchy créé par le Vlaams Belang. Dans une construction subtile où l'on comprend au fur et à mesure que les comédiens ne parlent pas en leur nom mais portent la parole d'autres (mot pour mot, comme on pourra le vérifier après le spectacle), les discours se font de plus en plus durs, même s'ils sont prononcés à la légère, dans l'ambiance détendue d'une plage. Jusqu'à des menaces de meurtre, jusqu'à la négation de la Shoah. En répercutant ces paroles, Extreme /Malecane dresse un tableau effrayant. Mais si le spectacle avance quelques explications (les difficultés économiques, comme chez cette femme qui doit vivre avec 290 euros d'indemnité d'invalidité), il se limite à poser un constat, paralysant. Il ne donne pas de pistes pour lutter. Mais ouvrir le débat en balançant ce magistral coup de poing est déjà un fameux premier pas.