Guillermo Guiz, c'est un peu comme Edouard Louis. Il vient de loin et ne le cache pas, il fait même de ses origines la matière première de sa création, et qu'il en soit arrivé là est en soi un petit miracle. Là où l'auteur d'En finir avec Eddy Bellegueule a grandi dans le prolétariat du fin fond du Nord pour devenir un des jeunes prodiges de la littérature française, le stand-upper officiant sur France Inter avait une mère une alcoolique et un père qui buvait (la différence est subtile, dit-il, mais différence il y a), c...

Guillermo Guiz, c'est un peu comme Edouard Louis. Il vient de loin et ne le cache pas, il fait même de ses origines la matière première de sa création, et qu'il en soit arrivé là est en soi un petit miracle. Là où l'auteur d'En finir avec Eddy Bellegueule a grandi dans le prolétariat du fin fond du Nord pour devenir un des jeunes prodiges de la littérature française, le stand-upper officiant sur France Inter avait une mère une alcoolique et un père qui buvait (la différence est subtile, dit-il, mais différence il y a), ce dernier l'ayant élevé en grande partie seul dans un mini appart' d'Anderlecht où l'odeur de cigarette imprégnait tout. Alors, qu'il ait fait son chemin jusque sous les projecteurs parisiens, ça vous donne comme un peu d'espoir dans ce monde qui ne va pas franchement bien. Comme une petite fleur qui a réussi à pousser entre les pavés. De l'American Dream à la Jamel Debbouze sauf qu'en l'occurrence il est made in Belgium. Mais Guillermo Guiz fait bien plus que de thésauriser sur son capital sympathie: toutes les 30 secondes, sans laisser au public hilare le temps de reprendre son souffle, il s'affirme comme un génie de l'image qui fait mouche, un king des one-liners et des rapprochements aussi improbables que percutants. Des similitudes entre une grossesse et le montage d'un meuble Ikea, de la pratique du retrait chez les canards ou de l'importance d'avoir un compte épargne pour les enfants-surprises, ça tourne ici beaucoup autour de la parentalité, de ce que l'on hérite de la génération précédente et de ce que l'on transmet à la suivante. D'où le titre, qui n'est pas qu'un hommage à Brel ("Éteins cette merde", première réplique).À l'aise sur son ring, bondissant d'une vanne à l'autre comme dans un trampoline park, Guillermo Guiz parle de ce que lui a légué son père André Verstraeten et de ce que lui pourrait éventuellement léguer à un enfant (des astuces pour bien vivre une gueule de bois, notamment), mais aussi de la progéniture de Dieu, des rejetons des Beatles, de Bob Marley et d'Einstein. Ça vise souvent sous la ceinture et ça flirte parfois avec le gore -mais qui a amené cet enfant de onze ans? "C'est tellement pas un spectacle pour toi!"- mais ça vise juste, exactement sous la limite où ça fâche et où ça déborde. Et, entre l'état du sperme de Clint Eastwood et les dilemmes de l'onanisme dans le bain, Guiz parvient quand même à glisser le massacre de Sabra et Chatila (remember Valse avec Bachir) et, lui qui est fils de misogyne, Une Chambre à soi de Virginia Woolf. Chapeau bas!