"On s'adapte", nous dit-on au Théâtre de Poche. Il n'est toujours pas possible de jouer en intérieur, mais le plan plein air du gouvernement De Croo permet néanmoins une petite éclaircie, se matérialisant ici autour de la scène extérieure montée entre les arbres, juste à droite de l'entrée du théâtre niché dans le bois de la Cambre. Et pour cette réouverture, le Poche mise sur un de ses succès, créé il y a deux ans, Fritland, en proposant une version bo...

"On s'adapte", nous dit-on au Théâtre de Poche. Il n'est toujours pas possible de jouer en intérieur, mais le plan plein air du gouvernement De Croo permet néanmoins une petite éclaircie, se matérialisant ici autour de la scène extérieure montée entre les arbres, juste à droite de l'entrée du théâtre niché dans le bois de la Cambre. Et pour cette réouverture, le Poche mise sur un de ses succès, créé il y a deux ans, Fritland, en proposant une version boostée aux rythmes des Balkans, avec deux musiciens (Benoît Randaxhe et Stéphane Diskus) qui sortent des feuillages.Fritland, c'est donc, pour rappel, le nom bien réel d'une friterie située au centre-ville de Bruxelles, à proximité de la Bourse, ouverte et gérée par la famille de Zenel Laci, dont les parents ont fui la dictature albanaise dans les années 50 et ont rejoint la Belgique après 8 ans passés dans des camps de réfugiés. "Pour que les Belges viennent manger des frites chez nous, il faut qu'elles soient fraîches!", déclare le paternel qui, suivant les règles édictées dans le Kanun, gère la famille d'une main de fer. Il faudra du temps et du courage au jeune Zenel, déscolarisé mais fan de littérature et poète dans l'âme, pour oser affirmer son envie de quitter l'entreprise familiale, quitte à vivre un temps dans un grenier sans toilettes et à faire les poubelles pour se nourrir. Et le voilà donc, Zenel, sur scène pour raconter son histoire. Dans cette tâche, il peut compter sur Denis Laujol, dans son propre rôle, celui du metteur en scène là pour cadrer, encourager, corriger et tirer le suc dramatique de la biographie, même s'il faut pour cela rendre tire-larmes une chanson à vocation paillarde. Les relations entre dirigeant et dirigé tournent à la parodie, le premier voulant sans cesse ramener le second à ses patates qu'il veut tant quitter, et les rôles finissent par s'inverser autour du deal de départ: raconter tout en pelant suffisamment de pommes de terre pour distribuer des cornets à tout le public à l'issue du spectacle. Pari gagné pour l'équipe. Dans la fraîcheur du soir qui tombe, les bâtonnets croustillants, frits au fil de nouvelles anecdotes, semblent d'autant plus succulents.