Le chorégraphe Wim Vandekeybus, réputé pour ses créations impliquant les corps des danseurs de manière intense et étourdissante, qui collabore pour la première fois avec le plasticien/performeur Olivier de Sagazan (voir son portrait) à l'univers cauchemardesque où la glaise prend vie? La rencontre entre les deux artistes ne pouvait qu'attirer la curiosité. Alors quand, suite à l'annulation des représentations de novembre dernier au KVS, la compagnie Ultima Vez a annoncé qu'elle créerait Hands Do Not Touch Your Precious Me en streaming live le 16 janvier à 20h, on n'a pas hésité. D'autant plus que Vandekeybus, par ailleurs ...

Le chorégraphe Wim Vandekeybus, réputé pour ses créations impliquant les corps des danseurs de manière intense et étourdissante, qui collabore pour la première fois avec le plasticien/performeur Olivier de Sagazan (voir son portrait) à l'univers cauchemardesque où la glaise prend vie? La rencontre entre les deux artistes ne pouvait qu'attirer la curiosité. Alors quand, suite à l'annulation des représentations de novembre dernier au KVS, la compagnie Ultima Vez a annoncé qu'elle créerait Hands Do Not Touch Your Precious Me en streaming live le 16 janvier à 20h, on n'a pas hésité. D'autant plus que Vandekeybus, par ailleurs réalisateur confirmé, avait déjà tenté le coup en septembre avec la compagnie londonienne Rambert pour Draw From Within, proposant un live d'une maîtrise technique impressionnante.Le jour dit, depuis le canapé du salon, on se connecte à 19h45, via le billet virtuel, au site du KVS 24/7. Au bout du clic: "502 Bad Gateway". Re-clic, même réponse. Pareil en passant directement par le site. Un petit coup d'oeil sur la page Facebook du KVS confirme que le cas n'est pas isolé. Après une demi-heure d'essais infructueux, l'envie de laisser tomber domine. Et là, miracle, la vidéo apparaît. Mais on a raté le premier quart d'heure du spectacle, comme si, dans la vraie vie, on avait trop tardé à partir, trop perdu de temps à trouver une place de parking ou raté la correspondance des trams. Il y a de quoi râler.On prend donc les choses en cours de route et on découvre le dispositif. Olivier de Sagazan surmonte un amas de terre, où il puise abondamment, tandis que huit danseurs évoluent sur le reste du plateau, devant un écran vidéo -qui deviendra plus tard une table- où sont projetés des instantanés en noir et blanc captés par Vandekeybus lui-même avec une caméra. Fidèle à sa pratique, face à son promontoire, de Sagazan est déjà métamorphosé, la peau grise de terre, pâle comme un cadavre, comme un zombie. Et de lui, comme dans un film d'horreur ou comme, hélas, dans la vraie vie, la contamination va atteindre, un par un, tous les danseurs. Jusqu'à celle, initialement immaculée, qui formera avec lui une double statue, dans une étreinte pétrifiée rappelant les corps enlacés pris par la cendre dans les ruines de Pompéi. De la tasse où tinte la cuillère de l'horrifique Get Out à un martyr de saint Sébastien où les flèches sont de bambou, des hommes-singes de La Guerre du feu aux mains rouges de Lady Macbeth, les références abondent au fil d'une danse puissamment engagée, presque violente (cette séquence des chaises autour de la bougie). On voudrait pouvoir tout voir de ces mouvements simultanés, mais le montage en direct nous impose ses choix. On passe de l'un à l'autre sans voir ce qui se passe hors champ. Là aussi, frustration. Mais, bonne nouvelle, la compagnie Ultima Vez a annoncé de nouvelles dates, en juillet, pour des représentations avec un vrai public dans la salle du KVS. Si le coronavirus et ses variants le permettent, on y sera!