Exceptionnellement, le Théâtre le Public accueille un spectacle pendant plus de deux mois, et c'est tant mieux. Dans la petite salle, la compagnie Adoc a installé terre, paille et roue de tracteur jusqu'à la fin du mois d'octobre pour aborder un sujet qui nous concerne tous: l'agriculture. Tous nous mangeons, tous nous dépendons des agriculteurs et, inversement, les choix que nous faisons dans notre alimentation influent sur leurs vies.
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Exceptionnellement, le Théâtre le Public accueille un spectacle pendant plus de deux mois, et c'est tant mieux. Dans la petite salle, la compagnie Adoc a installé terre, paille et roue de tracteur jusqu'à la fin du mois d'octobre pour aborder un sujet qui nous concerne tous: l'agriculture. Tous nous mangeons, tous nous dépendons des agriculteurs et, inversement, les choix que nous faisons dans notre alimentation influent sur leurs vies. Charles Culot est fils d'agriculteurs: ses parents gèrent une ferme dans les Ardennes belges. Au sortir de ses études d'acteur au conservatoire de Liège, il a décidé de franchir le fossé qui sépare de plus en plus les citadins des ruraux et est parti sur les routes pour rencontrer une soixantaine de familles. De ces rencontres, de ces entretiens, il a tiré en 2012 une création collective, Nourrir l'humanité c'est un métier. Il y apporte aujourd'hui, mis en scène par son complice Alexis Garcia et avec la présence féminine de Sarah Testa et Julie Remacle (en alternance), un acte 2, une actualisation nécessaire.La première partie du spectacle est un résumé du premier volet. Entre paroles livrées verbatim (accents compris, dans des performances d'acteurs assez étonnantes), extraits vidéo, chansons et manifestes au pochoir se brosse le portrait d'une profession si pas en voie de disparition, du moins en très mauvaise passe. Difficultés de trouver des successeurs, baisse constante du nombre de producteurs allant de pair avec l'augmentation de la taille des "exploitations" (phénomène encouragé par les primes à l'hectare), rythme et masse de travail assimilés à de l'esclavage, maladies liées à l'emploi de pesticides, isolement, suicides... Le tableau est noir, désespérant. Mais depuis 2012, certaines choses ont changé. Et c'est ce que démontre l'acte 2, pour lequel Charles Culot est retourné voir ceux qu'il avait interviewés une décennie plus tôt et a rencontré encore d'autres personnes. En dix ans, beaucoup ont pris conscience des impasses de l'agriculture intensive, de son impact sur le réchauffement climatique (responsable de 30% des gaz à effet de serre), sur la perte de la biodiversité et sur l'appauvrissement des sols. Certains enfants d'agriculteurs, comme le député européen Benoît Biteau, ou comme Guillaume, le frère de Charles Culot, ou certains citadins ayant décidé de retourner à la terre, explorent d'autres voies: abandon des pesticides, agroforesterie, permaculture, circuits courts, semences paysannes... Mais la route est encore longue, et les obstacles nombreux. Une nouvelle PAC (Politique Agricole Commune) pour l'Union européenne, négociée actuellement, entrera en vigueur en 2023, pour sept ans. Ira-t-elle dans le bon sens? Parviendra-t-elle à ne pas favoriser majoritairement les gros propriétaires terriens? Encouragera-t-elle les pratiques durables? Le moment est crucial, pour les politiques et pour les citoyens.