Depuis sa révélation dans On the Road... A (Prix de la critique de la meilleure découverte en 2016), on savait que Roda Fawaz avait de l'abattage, qu'il pouvait à lui tout seul porter une galerie de personnages et résumer une existence entière, la sienne en l'occurrence. Le comédien pousse la performance un cran plus loin dans son nouveau spectacle Dieu le père, en s'alliant à Pietro Pizzuti, qui en signe la mise en scène, et au chorégraphe Yorgos Karamalegos pour la mise en mouvement (lire aussi l'article du Vif).

Le voici donc, virevoltant, en chemise fleurie, enfilant à l'occasion des escarpins pour un pas de danse voguing en discothèque ou une queue-de pie rouge pétant tombée du ciel. Apparemment infatigable, il bondit d'un cercle de lumière à l'autre comme il passe d'un interlocuteur à l'autre. Il y en a essentiellement trois.

La première, autour de laquelle tout le spectacle tourne, c'est sa mère: Ahlam, que le comédien ne pas lui-même mais qui est présente à travers la voix, caressante mais ferme quand il le faut, de Daniela Bisconti. Sa mère, Guinéenne, fiancée à 16 ans avec un Libanais qui lui fera quatre enfants -Roda est le troisième-, lui imposera un exil en Belgique et la polygamie avant de la quitter définitivement alors qu'elle est enceinte du quatrième. Une femme qui tracera son chemin malgré les obstacles, en puisant une partie de sa force dans la foi.

Dieu, parlons-en puisque c'est le deuxième interlocuteur de Roda, qui s'adresse à lui par l'intermédiaire de son smartphone, se filmant en direct en gros plan et les images étant projetées sur le totem/stèle/monolithe sacré et désacralisé au centre de la scénographie. Et il n'est pas tendre avec le divin, le Roda. Face aux malheurs de sa mère, pourtant tellement dévouée, Dieu semble bien insensible, d'après ses dires. Mais aussi rancunier, possessif, cruel. Un genre de concentré de tous les défauts de la gent masculine dans un patriarcat. Une figure paternelle peu recommandable mais peut-être pas plus que son père lui-même.

Troisième interlocuteur et le compte est bon: le père, essentiellement absent, volage, autoproclamé self-made-man, avec qui -sa mère y tient- Roda doit garder le contact. C'est le comédien qui l'incarne, mais en transformant électroniquement sa voix façon Dark Vador (autre père peu recommandable).

Tout en retraçant le parcours d'une de ces femmes qui ont peu le droit à la parole dans la cité, c'est bien sûr de lui, emberlificoté dans cette trinité compliquée, que Roda Fawaz parle. Il le fait avec beaucoup de sincérité et d'humour, en jouant notamment sur le comique de répétition et se permettant même, à travers une brève scène de crime, un clin d'oeil à sa participation à la série policière made in RTBF Unité 42. Et par la même occasion, il s'affirme comme un auteur qui touche droit au coeur.

Dieu le père: jusqu'au 25 janvier au Théâtre de Poche à Bruxelles, www.poche.be, et du 28 janvier au 2 février à la Vénerie à Bruxelles, www.lavenerie.be.

Depuis sa révélation dans On the Road... A (Prix de la critique de la meilleure découverte en 2016), on savait que Roda Fawaz avait de l'abattage, qu'il pouvait à lui tout seul porter une galerie de personnages et résumer une existence entière, la sienne en l'occurrence. Le comédien pousse la performance un cran plus loin dans son nouveau spectacle Dieu le père, en s'alliant à Pietro Pizzuti, qui en signe la mise en scène, et au chorégraphe Yorgos Karamalegos pour la mise en mouvement (lire aussi l'article du Vif). Le voici donc, virevoltant, en chemise fleurie, enfilant à l'occasion des escarpins pour un pas de danse voguing en discothèque ou une queue-de pie rouge pétant tombée du ciel. Apparemment infatigable, il bondit d'un cercle de lumière à l'autre comme il passe d'un interlocuteur à l'autre. Il y en a essentiellement trois.La première, autour de laquelle tout le spectacle tourne, c'est sa mère: Ahlam, que le comédien ne pas lui-même mais qui est présente à travers la voix, caressante mais ferme quand il le faut, de Daniela Bisconti. Sa mère, Guinéenne, fiancée à 16 ans avec un Libanais qui lui fera quatre enfants -Roda est le troisième-, lui imposera un exil en Belgique et la polygamie avant de la quitter définitivement alors qu'elle est enceinte du quatrième. Une femme qui tracera son chemin malgré les obstacles, en puisant une partie de sa force dans la foi. Dieu, parlons-en puisque c'est le deuxième interlocuteur de Roda, qui s'adresse à lui par l'intermédiaire de son smartphone, se filmant en direct en gros plan et les images étant projetées sur le totem/stèle/monolithe sacré et désacralisé au centre de la scénographie. Et il n'est pas tendre avec le divin, le Roda. Face aux malheurs de sa mère, pourtant tellement dévouée, Dieu semble bien insensible, d'après ses dires. Mais aussi rancunier, possessif, cruel. Un genre de concentré de tous les défauts de la gent masculine dans un patriarcat. Une figure paternelle peu recommandable mais peut-être pas plus que son père lui-même. Troisième interlocuteur et le compte est bon: le père, essentiellement absent, volage, autoproclamé self-made-man, avec qui -sa mère y tient- Roda doit garder le contact. C'est le comédien qui l'incarne, mais en transformant électroniquement sa voix façon Dark Vador (autre père peu recommandable). Tout en retraçant le parcours d'une de ces femmes qui ont peu le droit à la parole dans la cité, c'est bien sûr de lui, emberlificoté dans cette trinité compliquée, que Roda Fawaz parle. Il le fait avec beaucoup de sincérité et d'humour, en jouant notamment sur le comique de répétition et se permettant même, à travers une brève scène de crime, un clin d'oeil à sa participation à la série policière made in RTBF Unité 42. Et par la même occasion, il s'affirme comme un auteur qui touche droit au coeur.