Quand les circonstances sont exceptionnelles, il faut trouver des formes qui sortent de l'ordinaire. Dans l'adversité qui défie le monde du spectacle vivant, le comédien et metteur en scène Nicolas Buysse a eu un coup de génie : utiliser le système de casques de ses spectacles déambulatoires (Walking Thérapie, Trop de Guy Béart tue Guy Béart...), identique à ceux que certains guides touristiques utilisent avec leur groupe de visiteurs, pour une forme fixe mais légère, en plein air. Tel est le concept technique de Crépuscule, projet monté en quelques semaines pendant l...

Quand les circonstances sont exceptionnelles, il faut trouver des formes qui sortent de l'ordinaire. Dans l'adversité qui défie le monde du spectacle vivant, le comédien et metteur en scène Nicolas Buysse a eu un coup de génie : utiliser le système de casques de ses spectacles déambulatoires (Walking Thérapie, Trop de Guy Béart tue Guy Béart...), identique à ceux que certains guides touristiques utilisent avec leur groupe de visiteurs, pour une forme fixe mais légère, en plein air. Tel est le concept technique de Crépuscule, projet monté en quelques semaines pendant le confinement et né de la soif d'artistes désirant faire leur métier : créer. Après Namur et Spa, la petite équipe vient de planter son tréteau à Bruxelles, sur la place Sainte-Croix, la petite voisine méconnue et contiguë de la place Flagey. A leur arrivée, les spectateurs reçoivent donc un casque et un tabouret de camping pour s'installer dans l'espace délimité par la mini-scène et les barrières Nadar, où l'on veut, proche de ses proches et socialement distancé des inconnus. Dès le casque posé sur les oreilles, ça commence et l'on comprend le sens de la petite carte remise à l'entrée : nous sommes ici rassemblés pour une sorte de cérémonie de funérailles organisée par les quatre frères du disparu. Greg (Houben, à la trompette, au chant et au texte), Fabian (Fiorini, au clavier et un peu à la danse), Max (Merpoel, alias Stereoclip, sur ses machines de producteur de musique électronique) et Nico (Buysse donc, au texte) vont rendre hommage à l'aîné de leur fratrie, Thierry, trader le jour et fêtard la nuit, décédé -tout comme une certaine insouciance du monde du spectacle belge- le 13 mars dernier.L'argument est ultra mince, mais ça tient. Culotté, le quartet de frangins incite l'assistance à scander le nom de leur frère, à chanter et même à danser. Invitations auxquelles les spectateurs répondent avec bonne volonté, en faisant abstraction des passants et des clients des terrasses qui eux n'entendent rien (si ce n'est un peu de trompette, seul instrument acoustique de l'ensemble) de ce qui se passe et voient donc ce public éparpillé se trémousser comme sur une piste de danse mais en silence (un peu comme dans cette séquence fameuse de The Show Must Go On du chorégraphe Jérôme Bel, en 2001, sauf que là les danseurs écoutaient en plus des morceaux différents). Y a pas à dire : ces musiciens-là savent comment s'y prendre pour faire monter la sauce. Ca pulse sur l'alternance "ananas" - "gin", ça vire aux rythmes africains, latinos et au bout d'une entraînante litanie sur "profiter", la petite foule est ravie, dopée par ce sentiment de bien-être qu'on a parfois au sortir d'un repas d'enterrement, quand on a ri ensemble à l'évocation des bons souvenirs. Revigorant.