Bon, c'est sûr qu'en temps de pandémie, il y avait sans doute des titres plus attractifs. On l'avoue, on se réjouissait peu à l'idée d'assister à une énumération de décès après avoir passé des semaines à entendre les médias décompter les morts. Mais, heureusement, 137 façons de mourir c'est tout autre chose que ça. Et d'abord, ça ne commence pas par la mort, mais par la...

Bon, c'est sûr qu'en temps de pandémie, il y avait sans doute des titres plus attractifs. On l'avoue, on se réjouissait peu à l'idée d'assister à une énumération de décès après avoir passé des semaines à entendre les médias décompter les morts. Mais, heureusement, 137 façons de mourir c'est tout autre chose que ça. Et d'abord, ça ne commence pas par la mort, mais par la vie, considérée d'un point de vue tout à fait original (originel) et surprenant. En tenue de sport (short, maillot, chaussures de boxe), ils sont cinq à passer en revue, ensemble ou séparément, successivement ou simultanément, quelques-unes des myriades de hontes et humiliations quotidiennes, ces petites phrases assassines qui vous mettent KO ou vous rongent à petit feu. De dialogues d'enfants dont il faut imaginer la moitié des répliques à un démarcheur pour Oxfam nié par les passants, de la bureaucratie kafkaïenne pour obtenir ses papiers au surmenage d'une mère célibataire en passant par la femme de ménage obligée de déboucher les chiottes et la comédienne en audition qui doit plier Phèdre aux quatre volontés du metteur en scène, la galerie est diversifiée et rythmée. Servent de fils rouges dans cette mosaïque une toilette kitsch qui servira de confessionnal pour déballer ce qu'on n'aurait jamais osé avouer ailleurs, et le motif du scampi, décliné de diverses façons et dans différentes tailles et qui vaut notamment un mémorable spectacle de fancy-fair, avec ces enfants aux accoutrements ridicules qui tentent de suivre la choré imposée tout en se demandant ce qu'ils foutent là. C'est souvent bien tapé, avec des rebondissements surréalistes bienvenus (mention spéciale pour les prouesses acrobatiques de Viola Baroncelli), et pas tant de vraies morts que ça finalement. Tant mieux.