La scène est vide, à part une structure verticale, recouverte de papier peint imitant un mur de brique. Sur une mélodie basique de synthé old school, un cul de poule est balancé depuis les coulisses. Il roule, vacille sur sa base et finit par s'immobiliser. Toujours des coulisses, quelqu'un vise le bol en métal avec des morceaux de sucre. Raté. Et encore raté. En quelques secondes, le ton est donné: absurde, clownesque, l'échec, le plantage étant un...

La scène est vide, à part une structure verticale, recouverte de papier peint imitant un mur de brique. Sur une mélodie basique de synthé old school, un cul de poule est balancé depuis les coulisses. Il roule, vacille sur sa base et finit par s'immobiliser. Toujours des coulisses, quelqu'un vise le bol en métal avec des morceaux de sucre. Raté. Et encore raté. En quelques secondes, le ton est donné: absurde, clownesque, l'échec, le plantage étant un des ressorts fondamentaux de l'humour. Ils seront quatre mousquetaires intrépides -Marie Henry, Eno Krojanker, Marie Lecomte et Pierre Sartenaer- à faire fi de leur ego pour étaler au grand jour leurs plus beaux bides, leurs plus somptueuses chutes, dans une forme d'autofiction où il est bien difficile de distinguer le faux du vrai. "On a réalisé que c'était très difficile de ne pas parler pour soi, de ne pas être sincère sur cette question. Elle est suffisamment fondamentale pour ne pas devoir pipeauter", explique d'ailleurs le metteur en scène Hervé Piron, qui a travaillé en collectif, avec une écriture venant des improvisations au plateau des comédiens. Cette méthode de création explique par ailleurs le caractère foutraque, joyeusement chaotique de l'ensemble, où les paroles s'interrompent, se superposent, où les expériences se croisent et se chevauchent, de la première étoile ratée à la pâte à gaufre qui ne veut pas cuire en passant par une projection relativement pessimiste dans l'avenir. Avec aussi des apports extérieurs comme la bio désespérante d'une star de la téléréalité, présentée en mode "Qui suis-je" de Questions pour un champion, des chansons françaises penchant vers la déprime (on a sorti des placards Daniel Guichard, Léo Ferré, Michel Berger...), ou la chouette déclaration d'Alain Soral sur la durée de vie du charme des femmes. Entre le début et la fin (où l'équipe réalise de son propre aveu "quelques fantasmes scénographiques"), le spectacle part donc dans tous les sens, allègrement, avec le risque d'un certain dégonflement, d'une perte de tension en son milieu. Mais demain ils retenteront encore, ils retenteront mieux.