Le silence est toujours une option radicale en danse, tant le mouvement et la musique semblent intrinsèquement liés, depuis la nuit des temps. Même s'il n'est pas omniprésent dans ce Mirage orchestré par Olga de Soto (Incorporer, Eclats mats, Regards sur La Table verte...), il occupe tout de même une grande place, ne cédant que ponctuellement à des bruits amplifiés et à des oscillations synthétiques répétitives, avant de s'estomper complètement dans l'apparition de mélodies pendant les dernières minutes.

Dans cette sobriété sonore et un décor blanc que les lumières changeantes de Philippe Gladieux se chargeront de teindre subtilement, cinq danseuses -Albane Aubry, Edith Christoph, Talia De Vries, Meri Pajunpää et Maria de Dueñas Lopez -vont évoluer, entrant d'abord en scène successivement puis se côtoyant. Leur regard semble chercher parfois, comme si elles doutaient.

Il y a dans un premier temps dans leurs gestes comme une vitalité qui ne dépend pas d'elles, comme si les parties de leurs corps se mouvaient selon leur propre volonté ou propulsées par des forces invisibles. Dans un deuxième temps, les gestes sont répétés, rappelant volontairement ou non pour certains les mouvements routiniers de la femme au foyer, ceux du repassage ou ceux visant à éliminer une tache. Chaque interprète reste la majeure partie du temps dans sa bulle. Il n'y a de contact ni par le toucher ni par le regard, uniquement dans le final.

Olga de Soto place donc ici la barre très haut par rapport à ce qu'elle exige du public, qui ne pourra se laisser porter que par peu de choses, dont la présence de feuilles, petites et géantes, froissée sous un micro, doublées d'argent, déplacées, transformées par des reptations sous-jacentes. Un apport plastique de l'artiste multidisciplinaire Sophie Whettnall. La rigueur conceptuelle de l'ensemble nous a laissée à quai.

Mirage: vu en création à la Raffinerie de Charleroi Danse, www.charleroi-danse.be