Lorsque tous les spectateurs ont pris place sous le chapiteau et que le parquet a été balayé une dernière fois pour éviter tout accident, il entre seul en scène, une guitare à la main. Ses longs favoris et sa boucle d'oreille lui donnent un petit air manouche. Mais sa guitare, il la dépose et la dresse, droite, sur le sol, manche vers le haut. Et -sous les yeux ébahis- il grimpe sur ses minces épaules de bois. Bientôt ils sont deux, puis trois, quatre, cinq: quatre hommes et une femme perchés sur ces instruments que jamais on n'aurait crûs aussi robustes. Et ce n'est que le début, car les guitares, dans Les Dodos des Français du P'tit Cirk, vont en voir de toutes les couleurs, révélant leurs possibilités insoupçonnées de supports de prouesses circassiennes. Lancées, empilées, escaladées, suspendues, déglinguées, écroulées, à l'envers et à l'endroit, déguisées en trompette, se transformant en avion, en cheval, en parachute ou en obstacles à franchir: les six-cordes constituent le fil rouge de ce spectacle où la virtuosité acrobatique n'oublie jamais de laisser de l'espace à un subtil sens clownesque. Toutes générations confondues, souffles coupés et francs éclats de rires alternent dans le public à un rythme enlevé, jusqu'à l'épatant numéro final de portique coréen.

Sans esbroufe mais avec une vraie complicité, ces cinq-là (Alice Barraud, Pablo Escobar, Basile Forest, Louison Lelarge et Charly Sanchez) proposent un spectacle de nouveau cirque inventif et bien balancé où la musique occupe aussi une place de choix. Un petit bonheur.

Prochains rendez-vous pour lesquels il sera bon de se ruer à Marchin: Les Quatre Fils Aymon des Royales Marionnettes, le 21 décembre, et Strach-A Fear Song, écrit et mis en scène par Patrick Masset, élu meilleur spectacle de cirque aux derniers Prix de la Critique, du 8 au 10 mai.

Latitude 50, pôle des arts du cirque et de la rue à Marchin, www.latitude50.be

Les Dodos reviendront en Belgique en 2019, en mai au festival Cirkl à Leuven et en juin au festival Perplx à Courtrai.