Avec ses 3 millions d'abonnés, Joan Cornellà fait figure de modèle à suivre sur Instagram. On le sait, l'efficacité marchande de ce réseau n'est plus à démontrer -pour les artistes, les 4,4 milliards de likes postés chaque jour réussissent le coup de baguette magique de transformer un système d'algorithmes en galerie d'art potentiellement la plus prometteuse au monde.
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Avec ses 3 millions d'abonnés, Joan Cornellà fait figure de modèle à suivre sur Instagram. On le sait, l'efficacité marchande de ce réseau n'est plus à démontrer -pour les artistes, les 4,4 milliards de likes postés chaque jour réussissent le coup de baguette magique de transformer un système d'algorithmes en galerie d'art potentiellement la plus prometteuse au monde.Né en 1981, le Barcelonais, suivi par Tony Oursler ou l'architecte danois Bjarke Ingels, est exemplaire d'une génération qui a su s'emparer de cet outil. Auteur de bande dessinée cultivant l'humour très noir, Cornellà a littéralement explosé sur Instagram alors que son travail pour la presse ou pour l'édition a longtemps été cantonné à la péninsule ibérique. Pour ce faire, il a adapté son trait en le condensant et en calibrant un style sanglant, méchant et percutant à l'attention d'un canal de diffusion overlikant les messages limpides et, de préférence, cruels. L'intéressé ne respecte rien, des bébés aux animaux, en passant par les vieux, tout le monde en prend pour son grade. Ça mutile, carbonise et dézingue à souhait -même si parfois il est rattrapé par la censure, ce qui lui a fait dire que son vrai patron était Mark Zuckerberg. L'Espagnol, qui n'est pas sans rappeler un Luc Zeebroeck (Kamagurka), ne manque pas non plus de stigmatiser les travers lobotomisés des accros aux réseaux sociaux -ce qui ne manque pas d'ironie car ce sont ces mêmes amateurs de selfies qui font sa notoriété. Descendant rarement en-dessous de 70 k de validations, ce talent aux personnages figés, fleurant bon les comics des années 50, et à la palette chromatique tapageuse se sert de ses publications pour mesurer en live la puissance de ses nouvelles créations. Comme l'expliquait Laurent Zorzin, co-fondateur d'Arts Factory, Cornellà a réussi un tour de force qui précipite Pierre Desproges dans les oubliettes du rire: arriver à rire de tout avec tout le monde.