
Aimer perdre, portrait d’une loseuse magnifique à Bruxelles, 3 Iraniennes en lutte pour la liberté et Jean-Pascal Zadi avec des bottines magiques: les sorties ciné de la semaine
Aimer perdre des frères Lenny et Harpo Guit, Les Graines du figuier sauvage du cinéaste iranien Mohammad Rasoulof ou Jean-Pascal Zadi dédoublé dans Prosper: les sorties ciné de la semaine.
Aimer perdre
Comédie de Lenny et Harpo Guit. Avec María Cavalier-Bazan, Axel Perrin, Michael Zindel. 1h23.
La cote de Focus: 3,5/5
Vivant de petits expédients, Armande Pigeon navigue à vue dans un monde hostile qu’elle affronte à sa façon, en jouant à tout, et surtout n’importe quoi. Et au détour d’un coup de dés, il n’est pas impossible qu’elle brave le défi le plus fou: trouver l’amour. Le film débute avec une grimace d’Armande filmée en (très) gros plan –les scènes suivantes ne craignent ni les fluides corporels ni le sang menstruel.
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Armande est une fille qui pleure, certes, mais aussi une fille qui se goinfre, qui n’hésite pas à se montrer nue, libérée des injonctions à paraître parfaite. Sous ses dehors de comédie trash et potache, Aimer perdre dresse le portrait d’une jeunesse paumée qui s’en remet au hasard, et pose un regard décalé, mais politique, sur la précarité comme sur la représentation des femmes à l’écran.
A.E.
Les Graines du figuier sauvage
Drame de Mohammad Rasoulof. Avec Soheila Golestani, Niousha Akhshi, Masha Rostami. 2h47.
La cote de Focus: 4/5
Iman, juge d’instruction à Téhéran, est sur le point d’être promu. Mais cet avancement ne va pas sans concessions à la morale, et même à la justice. Dans l’appartement familial, ses filles adolescentes tournent comme deux lionnes en cage alors qu’à l’extérieur, la révolution gronde. Rapidement, le vernis de bienséance se craquelle. Sana et Rezvan prennent fait et cause pour les manifestants, leur mère Najmeh résiste mais voit ses convictions les plus profondes vaciller quand une amie des filles est blessée par la répression. La carrière d’Iman, elle, s’effondre aussi vite que l’équilibre fragile de sa famille parfaite.
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Mais le drame bourgeois et film social se mue soudain en thriller politico-psychologique, car Mohammad Rasoulof a veillé à planter dès l’entame du récit un élément perturbateur: une arme de service cachée dans l’appartement. Quand elle disparaît, la confiance est rompue. Le huis clos devient détention. A force de suspecter tout le monde, d’être entouré d’amis qui ont tout d’ennemis, Iman en est réduit à soupçonner ses proches, à importer le tribunal en son foyer. Pendant que le monde dehors brûle, la famille se déchire, jusqu’à ce qu’elle soit contrainte de prendre la fuite. Dans un dernier mouvement spectaculaire, le thriller vire au film noir, débouchant sur un affrontement final sis dans un village abandonné écrasé de soleil où planent les fantômes du passé, des mensonges et des trahisons.
Après avoir été sélectionné et primé trois fois à Cannes dans la section Un certain regard (Au revoir en 2011, Les Manuscrits ne brûlent pas en 2013, Un homme intègre en 2017), et avoir reçu l’Ours d’or à Berlin pour Le Diable n’existe pas en 2020, Mohammad Rasoulof était de retour en compétition sur la Croisette au printemps dernier où Les Graines du figuier sauvage, pressenti par beaucoup pour la Palme d’or, a finalement remporté le Prix spécial. Impossible ne pas pas évoquer les conditions particulières de production du film, que Rasoulof a imaginé en prison et tourné dans la clandestinité, avant de trouver refuge en Allemagne.
Avec ce mélodrame assumé à la charge politique puissante, Rasoulof documente l’Iran des années 2020, traversé par l’onde de choc «Femme, Vie, Liberté». Là où l’information est impossible, la fiction prend le relai pour raconter le pays. Le cinéaste ponctue le récit de vidéos venues des réseaux sociaux, images dont le régime documentaire ancre le destin particulier de la famille d’Iman dans le réel d’un pays en proie à des effusions révolutionnaires marquées du sceau du courage. Porté par une interprétation d’une grande intensité et une tension dramatique habilement maintenue tout au long du récit, Les Graines du figuier sauvage figure habilement le poids du patriarcat et l’absurdité d’un régime totalitaire à travers le personnage d’Iman, et la lutte incarnée pour la liberté à travers ses trois vaillantes héroïnes.
Aurore Engelen
Last Breath
Thriller survival d’Alex Parkinson. Avec Finn Cole, Woody Harrelson, Simu Liu. 1h33.
La cote de Focus: 2,5/5
En 2019, le réalisateur britannique Alex Parkinson consacrait un documentaire, déjà intitulé Last Breath, à l’histoire vraie et assez incroyable de Chris Lemons, un plongeur en eaux profondes coincé au fond de la mer du Nord, après un accident survenu lors d’une mission de routine, avec seulement dix minutes d’oxygène de réserve.
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Il en tire aujourd’hui un long métrage de fiction au casting emmené par Finn Cole (la série Peaky Blinders) qui ouvre sur une certaine idée du vertige, entre poussées anxiogènes et chape de plomb claustro. Très classique dans sa construction et sa narration, ce thriller en eaux troubles doublé d’une véritable course contre la montre a pour lui une indéniable efficacité mais affiche des accents héroïques, voire même violoneux, excessivement prononcés. Dans ses meilleurs moments, hélas trop peu nombreux, le film évoque une sorte de Gravity aquatique.
N.C.
Prosper
Comédie fantastique de Yohann Gloaguen. Avec Jean-Pascal Zadi, Cindy Bruna, Ralph Amoussou. 1h32.
La cote de Focus: 3/5
Impossible de ne pas penser au film des frères Farrelly, Fous d’Irène (2000) avec Jim Carrey, face à cette comédie fantastique à la française où Jean-Pascal Zadi (Tout simplement noir) se dédouble. Dans Prosper, un chauffeur Uber en déficit de confiance en lui embarque comme passager un homme mourant qui vient de se faire tirer dessus. Paniqué, il se débarrasse du cadavre mais lui vole sa scintillante paire de bottines en croco. En les enfilant, il se retrouve habité par l’esprit de l’homme assassiné, un gangster craint et respecté de tous…
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Moins hilarant que tendre, le premier long métrage de Yohann Gloaguen, coscénariste du féroce Oranges sanguines (2021), a l’excellente idée d’ancrer son intrigue indolente dans le milieu hyperstylé de la sapologie congolaise à Paris. Ouvrant sur le vertige qu’il y a à pouvoir devenir quelqu’un d’autre, le film, modeste mais attachant, séduit par son amour de ce microcosme très spécifique et son refus de l’humour gras. Parfois un peu plat, il démontre avec une bonne humeur décontractée que l’habit peut parfois faire le moine au son de l’irrésistible Tchiki Boum de Niagara. Plutôt une bonne surprise, donc.
N.C.
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