À la télé ce mercredi soir: Grèce, le signal perdu de la démocratie

08/01/14 à 07:00 - Mise à jour à 06/01/14 à 12:56

Source: Focus Vif

Et tout d'un coup, on se met à leur place. A la place des Grecs qui, le 11 juin 2013, se trouvent face à leurs postes de télévision. Ecran noir. Soudainement. L'annonce faite peu avant par la présentatrice du journal se matérialise: après 75 années de fonctionnement ininterrompu, l'ERT baisse le rideau sur ordre du gouvernement. Comme si la RTBF était réduite au silence par Elio Di Rupo.

À la télé ce mercredi soir: Grèce, le signal perdu de la démocratie

Écran noir sur la Grèce © DR

Le film de Yorgos Avgeropoulos ressemble curieusement à ces appels à l'aide qui proviennent, souvent, des pays régis par l'autoritarisme ou la dictature. Ce que n'est a priori pas (ou plus, depuis la fin de l'ère des Colonels) la Grèce, partie intégrante de l'Union européenne depuis 1981. Car en s'attaquant à la radio-télévision publique, le gouvernement du Premier ministre Samaras s'est clairement distancié des règles démocratiques élémentaires. La décision, contraire à la Constitution, a d'ailleurs été rapidement dénoncée par le Conseil d'Etat. Sans que le gouvernement n'en tienne compte. Et cela fait peur. Comme font peur ces images d'un parlement quasi vide, théâtre d'une scène absolument improbable: devant trois députés à peine, le président fait voter article par article une loi pourtant dénoncée jusqu'aux cris par l'une des rares parlementaires présentes. La démocratie, c'est cause toujours... Rarement ces mots n'auront pris autant de sens.

Dès les premiers instants de l'interdiction d'antenne, Yorgos Avgeropoulos plante ses caméras dans une ERT en résistance, occupée par des milliers de citoyens et d'employés bien décidés à poursuivre leurs missions, fut-ce par des canaux parallèles de diffusion. En donnant la parole à différents journalistes, ex-pontes de l'institution publique, spécialistes du droit ou même, dans le camp gouvernemental, au vice-ministre de la radio-télévision, le réalisateur y va d'un plaidoyer ahurissant, qui nous montre que des statuts démocratiques établis depuis des décennies n'empêchent pas toujours le loup autoritariste de revenir semer la peur dans la bergerie. Le gouvernement, en sabotant une ERT pourtant largement en bénéfice, s'est tout simplement construit un bras armé de propagande unique: sa mainmise sur les télévisions privées inquiète, et révolte.

A travers ce documentaire, c'est tout l'avenir des télés et radios publiques qui est esquissé. Quel poids? Quelle mission? Quel degré d'indépendance? Autant de questions illustrées par une conjoncture grecque qui, si elle n'était pas tristement réelle, serait tout simplement surréaliste.

  • DOCUMENTAIRE DE YORTGOS AVGEROPOULOS.
  • Ce mercredi 8 janvier à 22h55 sur La Une.

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