Guillermo Guiz, la mitraillette dans l'écriture

09/03/15 à 15:00 - Mise à jour à 25/03/15 à 15:06

Source: Focus

Tenancier de discothèque VIP, noctambule movida à Madrid, espoir du foot belge, et maintenant humoriste déculotté dans Guillermo Guiz a un bon fond, où le journaleux de Focus monte sur scène. Portrait.

Guillermo Guiz, la mitraillette dans l'écriture

Guillermo Guiz © Philippe Cornet

Le débat a bien animé Focus pendant quinze secondes: peut-on tirer le portrait d'un collaborateur sans passer pour de veules mollusques du passe-droit international, valets de la promo? Ben oui, vu que "notre" Guy Verstraeten, scribe aux pages télés du magazine, fait aussi le zouave sur scène sous le patronyme hispanisant de Guillermo Guiz. Avec -'tention au mot- talent. Son Bon fond, à Bruxelles jusque fin mars(1), commence en zone glissante, genre Raging Bull, lorsque Robert De Niro/Jake LaMotta rangé des rings fait rire le clampin de Las Vegas sur de vaseuses blagues fessières. Sauf que là, on est devant des vingt-trentenaires dans un club bobo d'Ixelles -autre dialectique donc. Guillermo a calé son mètre 88 sur le mouchoir de scène, affublé d'un T-shirt quelconque -sa marque-, la moustache placide de plaisir contenu. "J'étais à l'arrière d'une voiture avec une fille que je connaissais un peu. Je sais qu'à un moment, elle m'a dit: "Je t'aime bien tout ça, mais là quand même, tu exagères, y'a ta main dans ma culotte." Et je lui ai répondu, texto: "Oui oui. Mais elle ne fait rien de mal dans ta culotte." Et j'étais sincère, je me disais: "Meuf, moi, j'ai pas de zones érogènes dans les doigts, réfléchis un peu! C'est pour toi que je le fais, c'est pour ton plaisir!" Ce soir-là, j'ai inventé un nouveau concept: le viol altruiste. Le viol pour le plaisir de l'autre. Le viol bon fond en somme."

Guillermo Guiz

Guillermo Guiz © Philippe Cornet

Une dizaine de jours après cette anecdote spéléo, on retrouve la main baladeuse et son propriétaire à domicile, un appart un rien moins chic que le quartier où il est logé. GG (Guy/Guillermo): "Le viol altruiste, c'est quelque chose qui m'est arrivé. Ce que je voulais mettre en exergue dans ce truc-là, c'est l'esprit du mec qui a bu. Le lendemain, je me suis dit: "Hier, j'ai essayé de violer une fille, c'est une bonne accroche de sketch"." On remarque d'emblée le sens pratique de GG, 33 ans, l'âge posant constamment son repère chronométrique dans son show d'une heure. Par exemple lorsqu'il évoque Michel Petrucciani, pianiste de grand talent mais de taille bonzaï, mort en 1999: "Bon, là y a un clivage dans le public. Comme ça vous le savez, les gens qui ont ri sont les gens cultivés, ceux qui n'ont pas ri, dès que vous êtes chez vous ce soir, vous tapez "Michel Petrucciani" sur Google et vous m'envoyez les rires par mail." On sait pertinemment bien qu'en matière de rire, il est recommandé d'avoir l'air aussi ignorant que son public. Meilleur moyen d'envoyer le fiel et de crucifier alors le spectateur décontenancé, méthode dont GG se sert comme le ferait un Pierre Desproges version dürüm. Même si la révélation de Guillermo, c'est plutôt l'Américain Louis C.K., qui se sert largement de ses névroses familiales pour nourrir le show. Avec de la mitraillette (pas le sandwich) dans l'écriture, revigorée par des doses d'autodépréciation continue. Chez GG, on parle donc peu politique et sociologie des médias, on ignore Guy Debord et Pierre Bourdieu, on évoque à peine le vieux marasme israélo-palestinien, mais on pratique volontiers ivresse, mitraillette (le sandwich) et sexe. Sur ce dernier topic, GG a au moins deux belles phrases. Une pour les autres-"Les frotteurs (mecs qui se frottent aux filles dans les transports en commun), c'est les Bisounours de la déviance sexuelle." Pas mal. Et son Noël à lui: "Mais j'ai pas un petit sexe, non juste mon sexe, il n'a pas de charisme, mon sexe il est comptable. Il a un costume Celio et des chaussures Brantano."

Eden Verstraeten

Si le Bon fond de GG fonctionne, c'est que le poulet absurde qui court décapité, mais joyeux, dans le show, a été élevé au maïs et non pas gavé de crasses industrielles. Autrement dit, la dopamine narquoise que GG pratique, celle qui épaissit la vanne, vient aussi de "l'enfance", décrite les doigts dans la prise du 220 originel. En live, cela donne ceci: "Avec mon père, on vivait dans un petit appartement, il était au chômage, on n'avait pas grand-chose... (...) Il fumait beaucoup, c'est pour cela que je déteste ça. Je lui disais: "Papa, tu veux pas ouvrir la fenêtre, stp?" Il me disait: "Ferme ta gueule", et on passait à autre chose (...). J'arrivais à l'école et les profs me prenaient à part à la récré pour me dire: "Guy, t'as pas une clope stp?" Je disais: "Non, mais vous pouvez chiquer mon T-shirt si c'est important."" Dans la vraie vie, ce père pratique le racisme comme la cigarette -abondamment- et GG en parle aussi dans son Bon fond. Dans la vraie vie encore, le père meurt pas vieux -60 piges-, la mère de Guiz étant déjà partie quelques années auparavant. "J'en parle pour dire que c'est de lui que je tire ce que je suis aujourd'hui. Ce n'était pas quelqu'un de très joyeux et moi, j'ai complètement été contaminé par cela pendant de très longues années." D'où peut-être le désir d'avoir déjà beaucoup bougé, essayé, cherché une voie. Avant ses occupations actuelles hors stand-up (chroniqueur-journaliste à Focus et à la RTBF), Guy Verstraeten comme on l'appelle alors est un réel espoir du foot belge. Des genoux et autres articulations contraires finissent prématurément le rêve d'Eden Verstraeten. Alors le ketje d'Anderlecht, qui jouera aussi au Standard, fait Sciences Po, part une année à Madrid et rentre famélique, "dix euros en poche". Plus récemment, dans les années 2010, GG est directeur artistique puis manager de deux boîtes de nuits "VIP", very important ploucs. "J'y ai vu un mec dépenser 32.000 euros en champagne." Oh et puis il y a le moment d'épiphanie où Guy et ses amis invitent Paris Hilton: "Cela nous a coûté au final entre 70 et 100.000 euros." Cela s'appelle prendre une déculottée, autrement dit un peu de matière grise possiblement érogène pour le prochain spectacle.

(1) TOUS LES MARDIS SOIRS AU KINGS OF COMEDY CLUB, WWW.KOCC.BE

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