Serge Gainsbourg, un homme d'influence (vidéos)

02/03/16 à 07:28 - Mise à jour à 08:38

Source: Focus Vif

Il nous a quittés il y a 25 ans. Depuis sa mort le 2 mars 1991, son influence sur la musique n'a jamais été remise en question. Bienvenue dans la galaxie Gainsbarre.

Serge Gainsbourg, un homme d'influence (vidéos)

Serge Gainsbourg reçoit un disque d'or pour son 13e album, Aux armes et caetera, à Bruxelles, le 13 décembre 1979. © BELGA ARCHIVES

Article initialement paru dans le Focus du 28 mars 2008.

Le 2 avril 1928, dans le 20e arrondissement de Paris. Olia et Joseph Ginsburg, couple d'exilés russes ayant fui le bolchévisme, donnent naissance à des faux jumeaux: Liliane et Lucien. Ce dernier changera plus tard son nom. Pour mieux changer la face de la chanson française.

Car c'est toujours bien de cela qu'il s'agit. Vingt-cinq ans après sa mort, Serge Gainsbourg reste une référence incontournable. En France, il est encore présent partout, du rock en passant par le rap (Aux armes et caetera). Car si les frasques et le côté provocateur de Gainsbourg ont souvent été mis en avant, c'est bien à la musique qu'il réservait la primeur de ses tendances transgressives. Il n'aura ainsi de cesse de violenter la chanson en lui faisant prendre des tournures jazzy (Du jazz dans le ravin, Black Trombone,...), rock (Histoire de Melody Nelson), funk (You're Under Arrest), ou en la décoinçant sous les Caraïbes (le reggae d'Aux armes et caetera, les percussions afro-cubaines de Couleur Café). Enorme. Du coup, l'audience ne se limitera pas non plus à la France (Initiales B.), ou même à la francophonie. Gainsbourg est ainsi un des seuls artistes français qui font écho dans le monde anglo-saxon (New York USA). Et pas uniquement pour son brûlant Je t'aime moi non plus... Ils sont ainsi nombreux à ne s'être toujours pas remis de Melody Nelson. En 2006, la compilation Monsieur Gainsbourg Revisited rassemblait d'ailleurs des reprises par des groupes anglais et américains (Franz Ferdinand, Michael Stipe de REM...).

Dès le 8 mars prochain, la galerie Bru Sale lui consacrera d'ailleurs une exposition, centrée sur les clichés pris par Pierre Terrasson dans les années 80 "mais pas que". C'est bien la moindre des choses...

Initiales B.

Jo Lemaire

Au pays des moules et puis des frites, des frites et puis des moules, on a déjà assez à faire avec le grand Jacques. N'empêche: Gainsbourg a forcément laissé son empreinte ici et là. Ainsi, c'est à Jo Lemaire, juste sortie de la new wave en 81, qu'on doit une des plus célèbres reprises de Je suis venu te dire que je m'en vais. Un an plus tard, ce sont Les Tueurs de la lune de miel qui s'attaqueront au Laisse tomber les filles, chanté par France Gall en 1964.

Tom Barman

Sur scène, dEUS s'est longtemps amusé à intégrer une partie du Requiem pour un con dans un de ses titres phares, Hotellounge. Plus clairement: en 2003, le leader du groupe Tom Barman se lance dans une tournée piano-guitare au cours de laquelle il s'approprie Le Poinçonneur des Lilas.

Arno

Le Gainsbourg belge? Un peu facile. Fondamentalement, Arno Hintjens a toujours été davantage tourné vers le blues américain que vers la chanson française. Cela dit, le répertoire de "l'Ostendu" a pas mal évolué ces dernières années, jusqu'à proposer sa propre lecture d'Elisa, en compagnie de Jane Birkin.

Vive la Fête

Flamand chantant en français, le duo livre une électropop mutine et clairement "Gainsbourgophile". En fait, Els Pynoo et Dany Mommens, c'est un peu le couple Bardot/Gainsbourg qui serait cerné par des claviers new wave années 80.

Jacques Duvall

Il y avait eu les Sucettes pour France Gall. Vingt ans plus tard, Duvall, génial parolier gainsbourgien, pondra Banana Split pour Lio.

New York, USA

Sonic Youth

Que vient faire Serge Gainsbourg dans les expérimentations rock et bruitiste des Sonic Youth? Une même volonté de créer de l'unique peut-être. En tous cas, Steve Shelley, le batteur, est fan, et un poster trône toujours dans le studio du groupe new-yorkais.

Beck

Sur l'album Sea Change (2002), Beck, habile recracheur d'influences en tous genres, s'attaque à l'homme à la tête de chou. Las, écrasé par la tâche, il s'avoue vaincu et n'essaie même plus de masquer le pillage (voir Paper Tiger).

Portishead

Le groupe de Bristol est surtout connu pour piocher dans le patrimoine de John Barry. Mais Melody Nelson a fait au moins autant d'effet sur la formation trip-hop: sa batterie groovy, ses basses métalliques, les arrangements de cordes démentiels de Jean-Claude Vannier....

Jarvis Cocker

Francophile déclaré, le leader de Pulp a toujours voué une admiration à Serge Gainsbourg, l'un de ses héros. Il a repris Je suis venu te dire que je m'en vais, et a largement collaboré au dernier album de Charlotte, 5:55, sorti en 2006.

Arcade Fire

En concert, le groupe rock canadien sonne la charge. Normal donc qu'après les Ecossais de Belle and Sebastian, il ait également pris l'habitude de reprendre la cavalcade de Poupée de cire, poupée de son. Avec Régine Chassagne dans le rôle de France Gall gagnant l'Eurovision 1965.

Mick Harvey

L'Australien est célèbre pour sa participation aux Bad Seeds de Nick Cave ou son travail avec PJ Harvey. Mais sa discographie personnelle propose aussi deux disques entiers de reprises en anglais de Gainsbourg, tout à fait maîtrisées: Intoxicated Man (1995) et Pink Elephants (1997).

Aux armes et caetera

Benjamin Biolay

Comme Gainsbourg, son maître avoué, Benjamin Biolay s'est souvent illustré à travers d'autres, dont de nombreuses femmes (Keren Ann, Elodie Frégé, mais aussi Gréco, Valérie Lagrange...). En 2001, il est contacté par Bambou, et lui écrit Ne dis rien, qu'elle chante avec son fils Lulu, hommage à son mari mort 10 ans plus tôt.

Arthur H

Présenté souvent comme le Tom Waits français, Arthur H est peut-être aussi l'héritier le plus évident de Gainsbourg, tendance Boris Vian. Serge G. chantait "Beau... oui, comme Bowie", Arthur H entonne "C'est beau, comme Bo Derek", reprenant volontiers sur scène l'Alcool (1958).

Miossec

Même timidité cachée derrière une grande gueule, même façon de ne pas chanter, souvent au bord du talk over. Le lien est évident entre Gainsbourg et Christophe Miossec, qui a écrit pour Jane Birkin, et s'est déjà lancé notamment dans une reprise des Sucettes.

Air

L'influence du maître dépasse de loin la sphère de la chanson. On la retrouve clairement dans les atmosphères électroniques de groupes comme Air (eux aussi présents sur l'album 5:55 de Charlotte Gainsbourg) ou dans le dandysme extravagant d'un Sébastien Tellier.

Katerine

Déjanté, Katerine a aussi pris l'habitude de changer de "scénario" à chaque album ou presque. Dans une chanson (pour le groupe anglais The Herbaliser), il raconte avoir croisé Gainsbourg au bar tabac, quelques jours avant sa mort, et l'avoir suivi dans la rue. Qu'en a-t-il retiré? Moins les orchestrations de Melody Nelson que les "scatologismes" de Vu de l'extérieur, concède-t-il volontiers.

MC Solaar

Le hip-hop français, avide de jeux avec la langue, ne pouvait que vénérer Gainsbourg. L'hommage le plus célèbre est évidemment le Nouveau Western de MC Solaar, un classique du rappeur citant Bonnie & Clyde.

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