Nous sommes tous Kevin

12/03/15 à 11:44 - Mise à jour à 13:44

Source: Focus

Un prénom c'est pour la vie: le Français Iegor Gran le rappelle dans une tragi-comédie à rebondissement, La Revanche de Kevin, pourchassant la pression sociale.

Nous sommes tous Kevin

Iegor Gran © John Foley/P.O.L.

A l'instar de Régis -le con de service chez Les Nuls- ou encore de Tanguy -devenu synonyme du fiston indélogeable-, Iegor Gran nous rappelle que le patronyme Kevin a beau avoir été très populaire à l'aube des années 90, il est surtout un des prénoms les plus ouvertement moqués depuis plus de 20 ans. Merci entre autres à Kevin Costner, alors étoile montante dans le coeur du grand public ou encore à Kevin Richardson des Backstreet Boys, grâce à qui "on découvre soudain que les Kevin ont tous les défauts du monde. Ils deviennent des symboles de mauvais goût, de beaufitude, de superficialité. Un marqueur social de la médiocrité crâne, car on croit savoir quelles familles sont suffisamment sottes pour se laisser dicter leur vie par l'Amérique et Hollywood". Une fois la mode passée, les Kevin devenus adultes auraient alors bien du mal à se faire une place au soleil, diplômés ou pas: "Il peut être prof de muscu, vendeur d'imprimante, gérant de supérette, mais intellectuel, impossible."

Bon goût relatif

Nous sommes tous Kevin

© P.O.L.

C'est un certain Kevin H. qui le dit et il sait de quoi il parle. Tout amateur de Gilles Deleuze et fin connaisseur de Proust qu'il est, il n'en reste pas moins un simple responsable d'espace publicitaire sur une estimable station de radio parisienne qui a tout du nid de parasites selon lui. Usé par la condescendance généralisée à son égard, il décide de se venger avec un sens aiguisé de la manipulation. C'est donc en tant qu'Alexandre Janus-Smith qu'il fréquente désormais les vernissages et les salons littéraires où "comme un terroriste dormant, il prend le pli de la société qu'il exècre. Il se fond dans le moule, devient comme eux, et soudain: bam! sur le prétentieux." Pour être clair, Kevin H. prend un plaisir cruel à se faire passer pour un ponte influent du milieu littéraire, carte de visite en papier bristol à l'appui. Le jeu consiste à faire miroiter un avenir de rêve à d'innocents candidats au Goncourt avant de disparaître subitement dans la nature. Son dernier coup: avoir coincé François-René Pradel au Salon du Livre de Paris, ayant repéré son "complexe de supériorité inné. Lui et sa caste se prennent pour les gardiens du temple. L'élite. D'où cette morgue faite de clichés appris par coeur, ce dédain quand on émet un avis esthétique qui n'est pas au catalogue de leurs réflexes acquis, cette envie de mettre des notes à nous autres, simples mortels." L'intérêt de La Revanche de Kevin résidant dans quelques effets de surprises bien amenés, nous n'en dirons pas plus que ce que dévoile le quatrième de couverture... Reste qu'après s'en être pris avec vigueur au monde caritatif (O.N.G!) et à l'écologie citoyenne (L'Ecologie en bas de chez moi), Iegor Gran force une fois de plus le trait (on connaît tous un Kevin qui infirme la règle). Et passe aisément de la comédie au drame pour finalement dénoncer une pression sociale nourrie trop souvent d'une frustration néfaste (l'idée que l'on se fait du savoir et du bon goût relatif qui va avec).

La Revanche de Kevin, de Iegor Gran, éditions P.O.L., 188 pages.

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