Emmanuelle Richard/Édouard Louis: confessions d'enfants du siècle

12/01/16 à 15:26 - Mise à jour à 16:11

Source: Focus Vif

Peut-on encore faire de l'autofiction en 2016? À l'heure de la rentrée littéraire, rencontre croisée avec deux jeunes romanciers, Emmanuelle Richard et Édouard Louis, qui font l'histoire d'une passion amoureuse, tout en questionnant la légitimité de l'écriture de soi.

Que faire des conséquences d'une passion amoureuse aliénante et dévastatrice quand on est un écrivain? Comment oser s'emparer d'un motif aussi usé? Sous quelles nouvelles formes identifier écriture et vérité autobiographique? Et comment départager impudeur et littérature? Parmi les 476 romans de la rentrée littéraire de janvier, les livres d'Emmanuelle Richard, 30 ans, et Edouard Louis, 23 ans, affrontent un peu les mêmes enjeux. Il y a deux ans, leurs premiers romans déjà, La Légèreté pour elle (éd. de l'Olivier), et En finir avec Eddy Bellegueule pour lui (éd. du Seuil), citaient conjointement l'écriture de soi d'Annie Ernaux et la sociologie de Pierre Bourdieu, creusant les questions liées à la découverte, à l'adolescence, de la sexualité et des origines sociales -des hontes que l'on peut en nourrir. Tandis que la première faisait une entrée sensible sur la scène littéraire, le deuxième connaissait l'inattendu raz-de-marée critique et public que l'on sait (100 000 exemplaires vendus). Deux ans plus tard, les jeunes adultes ont grandi, et reviennent l'un et l'autre -hasard de l'édition- avec un second livre dans une nouvelle coïncidence chronologique -et thématique. Dans les deux cas, même si très différemment, il s'agit d'une expérience de la passion vécue, puis racontée, à la première personne du singulier, prolongeant le pacte de lecture amorcé à l'heure de leurs premiers romans: faire de certains épisodes de leur vie la matière vivante de leur écriture. Roman personnel? Ecriture de soi? Autofabulation? Autonarration? Apparu en 1977 sous la plume de l'écrivain Serge Doubrovsky, le terme "autofiction" a l'avantage d'être à peu près tout cela à la fois -indécidable genre littéraire qui aurait autant à faire avec l'authenticité qu'avec la fiction, avec le caractère brut d'une existence qu'avec sa nécessaire scénarisation, et la recherche formelle poursuivie à travers elle. Et si accusée, à son pire, de nombrilisme, d'indécence ou de gratuité, l'autofiction était aussi le courant le plus plastique de la littérature? Aussi multiforme que les histoires individuelles qu'elle prend pour objet. Se livrer -c'est-à-dire faire, de soi, un livre-: pourquoi?, comment? L'autofiction nouvelle génération, de l'intime au monde social.
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