Stefan Liberski
Stefan Liberski
Réalisateur
Opinion

19/04/13 à 14:10 - Mise à jour à 14:09

Making of Tokyo Fiancée #1

Stefan Liberski est au Japon pour le tournage de son prochain film, Tokyo Fiancée. Chaque semaine, et en exclu pour Focus, il nous raconte les dessous de l'aventure.

Making of Tokyo Fiancée #1

© Liberski

Un moment de suspension dans le tournage. Nous avons fait hier une "journée mixte". On l'appelle ainsi, non pas en raison de la présence d'hommes et de femmes sur le plateau, mais bien parce qu'on tourne une partie du jour et une partie de la nuit. Cette "journée" s'est terminée à 1h du matin. Aujourd'hui nous ferons carrément une "journée de nuit" (c'est encore plus curieux comme nom, quand on y pense) qui démarrera à 17h30 et se prolongera jusqu'aux petites heures. Ce matin eût donc été le moment rêvé pour faire la grasse matinée (enfin, disons pour dormir un peu plus que mes 52 minutes habituelles) mais je suis toujours en jetlag et je me suis réveillé à 6h, comme tous les matins. Par bonheur, il y a les bains en plein air pour bien s'éveiller -à moins que ce soit pour bien s'endormir. Eveil ou détente, c'est selon l'heure, ou surtout selon les vertus de l'eau des onsen, ces célèbres sources d'eau chaude qui émaillent tout le Japon, le pays par excellence de l'eau chaude. Souvent, ces sources sont aménagées en établissements de cure thermale.

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"Sur la route du Voyage de Chihiro, le macadam chante la B.O. du film."

Nous tournons pour le moment à Shima, dans le spa qui a servi de modèle au palais des bains du Voyage de Chihiro, le beau manga de Miyazaki. Un film tellement célèbre ici que sur la route pour y arriver, le macadam est rainuré de telle sorte qu'en passant dessus, les voitures font la musique du film. La route chante la B.O. du film, si vous voulez. Les Japonais adorent faire parler les choses. Les autocuiseurs, les voitures qui reculent, les portes de garage qui s'ouvrent et se referment ("Excusez-moi! Attention! Je vais me fermer! Excusez-moi!"), les ascenseurs, les poteaux de signalisation, les passages à niveau, enfin, tout. Le palais des bains de Shima est une énorme bâtisse, vénérable et labyrinthique, construite au bord d'une rivière de montagne tumultueuse. Celle-ci donne des suées à Jean-Sébastien Bach, notre ingé son, un Québecois tumultueux lui aussi (Bach est un surnom). Tout comme les portes de garage ou les casseroles à pression japonaises, il parle. En québécois. On s'habitue. En vérité, il n'a pas eu beaucoup de chance jusqu'à présent: je lui ai presque toujours imposé une rivière ou un robinet d'eau chaude ouvert pendant les prises.

Sinon, depuis le début, il fait plutôt froid. Nous avons commencé le tournage par la montagne et les séquences sans doute les plus éprouvantes du film pour l'équipe et les acteurs, avec crapahutage du matériel dans des abrupts neigeux où l'on s'enfonçait d'un mètre à chaque pas. A Tokyo, en repérage, il faisait 20°. Nous avions très peur du dégel. Jamais je n'aurais cru qu'il y aurait encore deux mètres de neige à Tsunan, la région où nous avons donné le premier tour de manivelle de Tokyo Fiancée. C'est une expression. Il y a belle lurette qu'il n'y a plus de manivelle aux caméras. Il me revient d'ailleurs qu'il n'y a plus de lurette non plus. D'où j'écris je vois le joli pont rouge que traverse Chihiro pour aller travailler chez Yababa. Je viens d'y voir passer Pauline Etienne. Elle a filmé la rivière pendant quelques minutes, puis le pont, puis le paysage alentour. Probablement pour le documentaire sur les rivières lointaines qu'elle réalise pour Chasse et Pêche, chaîne de l'extrême. Ensuite, elle s'en est allée vers l'unique rue commerçante de la petite ville, à la recherche du cornet de frites ou des ballekes dont elle rêve. J'aurais voulu lui crier par la fenêtre que c'était peine perdue, mais j'avais cette chronique à finir.

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