[Le film de la semaine] You Were Never Really Here de Lynne Ramsay, audacieux et acéré

13/11/17 à 11:47 - Mise à jour à 12:52
Du Le Vif Focus du 10/11/17

FILM NOIR | Quatrième long métrage de la cinéaste écossaise Lynne Ramsay, You Were Never Really Here (A Beautiful Day) a été abondamment salué lors du dernier festival de Cannes, où il a doublé le prix du scénario de celui d'interprétation pour Joaquin Phoenix.

[Le film de la semaine] You Were Never Really Here de Lynne Ramsay, audacieux et acéré

Distinctions justifiées: il y a là, sous des contours de polar d'un noir d'encre, une oeuvre audacieuse et acérée, aspirant le spectateur dans un tourbillon d'émotions complexes. Soit l'histoire de Joe (Phoenix), un vétéran américain souffrant de traumatismes multiples et vivant seul avec sa mère (références grinçantes et hilarantes au Psycho de Hitchcock à la clé), spécialisé par ailleurs dans les missions délicates. La dernière en date consistant à retrouver dans la plus grande discrétion mais sans égard pour les moyens -"Je veux qu'ils souffrent", lui intime son commanditaire-, la fille du sénateur Votto, enlevée par un réseau pédophile. Et Joe de se mettre en branle, massif et monolithique, un marteau comme instrument de sa justice, déchaînant sur son passage des torrents de sauvagerie et d'une violence semblant n'avoir d'autre objet que de se perpétuer...

Film noir, à moins qu'il ne s'agisse d'un cauchemar, You Were Never Really Here n'est pas que le récit suffocant de la stupéfiante équipée sanglante d'un homme abandonné à ses démons, c'est aussi la peinture de la corruption d'un monde à l'agonie, comme du reste ceux qui le peuplent. Vision que Lynne Ramsay assène sans guère de ménagement, encore que la réalisatrice de We Need to Talk About Kevin ne dédaigne ni l'outrance, ni un soupçon d'ironie bienvenue, le tout saupoudré de fulgurances diverses. Si l'on pense forcément au Taxi Driver de Scorsese, le film n'en impose pas moins sa tension et son urgence propres, dérive névrosée portée par l'énergie du désespoir et idéalement servie par une mise en scène viscérale et stylisée à la fois, à quoi la partition de Jonny Greenwood et la composition de Joaquin Phoenix apportent un tour halluciné de circonstance. Un maître-film, confirmant que la trop rare Lynne Ramsay compte bien parmi les cinéastes majeures de son époque.

De Lynne Ramsay. Avec Joaquin Phoenix, Ekaterina Samsonov, Alessandro Nivola. 1h25. Sortie: 15/11. ****

>> Lire également notre interview de Lynne Ramsay.

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