Critique ciné: Masaan, Bollywood rencontre le cinéma européen

15/09/15 à 10:44 - Mise à jour à 10:44

Source: Focus Vif

DRAME | Neeraj Ghaywan allie le meilleur d'un cinéma intimiste à l'européenne et les beautés du mélodrame façon Bollywood.

Critique ciné: Masaan, Bollywood rencontre le cinéma européen

Richa Chadda dans Masaan © DR

Allier le meilleur d'un cinéma intimiste à l'européenne et les beautés du mélodrame façon Bollywood, Neeraj Ghaywan y parvient avec grâce dans un Masaan derrière lequel on n'est pas surpris de retrouver les producteurs du déjà très réussi The Lunchbox. L'amour est au centre du film, décliné en deux versions aussi douloureuses l'une que l'autre. D'abord à travers la terrifiante expérience de Devi, une jeune femme dont le petit ami s'est suicidé alors que la police débarquait bruyamment dans la chambre d'hôtel où ils s'étreignaient. Menacée de déshonneur public mais aussi de prison pour complicité de crime (le suicide en est un, en Inde), elle verra son père contraint d'accepter le chantage odieux d'un policier corrompu... Deepak, l'autre héros de Masaan, est un étudiant qui éprouve pour une jeune fille d'une caste supérieure un amour aussi partagé qu'impossible, socialement parlant...

Le film suit, en montage parallèle classique enrichi de passerelles subtiles, les épreuves vécues par Devi et Deepak, sur fond de traditions oppressantes et d'espoirs brutalement contrariés. Sur fond aussi de bûchers funéraires à Bénarès, où se situe l'essentiel de l'action. Remarquablement interprété, filmé avec un oeil pour l'infinie splendeur des êtres et des lieux, le drame s'attache à cadrer la révolte mais, aussi et surtout, les frémissements de l'amour naissant. L'émotion s'y manifeste avec d'autant plus d'évidence que la forme la retient longuement, intelligemment, entre paradoxale sobriété de trait et accents fulgurants tout droit venus du meilleur cinéma populaire indien.

DE NEERAJ GHAYWAN. AVEC RICHA CHADDA, VICKY KAUSHAL, SANJAY MISHRA. 1H43. SORTIE: 16/09

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