Critique ciné: Galloping Mind, inégal mais fascinant

08/09/15 à 14:04 - Mise à jour à 14:03

Source: Focus

DRAME | Wim Vandekeybus filme à la marge des enfants de la rue et des chiens perdus, dans un conte tragique inégal mais fascinant.

Critique ciné: Galloping Mind, inégal mais fascinant

Galloping Mind © DR

Le quai d'un port quasi désert, la nuit. Un grand navire marchand découpe sa silhouette impressionnante dans la lumière dorée des réverbères. Sur le porte-conteneurs, des liasses de billets changent de main pour prix de quelques chevaux que nous suivons, un peu perdus entre les parois de métal... Une ouverture singulière, pour un film qui ne l'est pas moins. Une sorte de conte moderne et adulte aux confins d'une société en voie de désagrégation. Nous sommes dans une ville d'Europe centrale, où Sam cumule les fonctions d'animateur d'une radio pirate en langue anglaise et de tenancier d'une boutique vendant des animaux. Il vit avec Sara, qui veut un enfant que lui ne veut pas. Une brève rencontre avec une jeune femme perturbée, qui appelle Sam pour lui donner deux chiots, sera le point de départ d'une histoire où des enfants des rues, survivant en bande, tiendront un rôle majeur. Comme les chiens errants, ces gamins orphelins sont rendus à l'état sauvage. Et cette ville dont les richesses les narguent, ils entendent bien la prendre, juchés tels des Indiens sur des chevaux rescapés de la mer...

Attention danger

Artiste belge contemporain des plus marquants, le danseur-chorégraphe-metteur en scène-réalisateur Wim Vandekeybus a tourné Galloping Mind à Budapest et en Roumanie. Son film fait irrésistiblement penser, dans ses meilleurs moments, au White God du Hongrois Kornél Mundruczo. Métaphore animale de l'exclusion sociale, réflexion sur la paternité et rapprochement entre animaux et enfants compris... Une coïncidence fruit possible d'un certain air du temps respiré de concert, et qui n'empêche par Vandekeybus de développer un propos personnel sur les rapports entre culture et instinct, enfance et âge adulte, crises parallèles de la cellule familiale et d'une société rendue à l'urgence de survivre. Sa plongée au coeur d'une humanité en péril, le réalisateur belge la porte vers le mélodrame avec une certaine lourdeur. Et la forme de son film verse parfois dans le maniérisme (que de ralentis inutiles) ou un symbolisme convenu, tout en manquant de fluidité. Mais Vandekeybus saisit le vivant avec une force rare, une intensité physique et une expressivité que nourrit son remarquable et abondant travail dans le spectacle "live". Son Galloping Mind (du nom de l'émission de radio de Sam) affichant dans ses meilleurs moments un fort pouvoir de fascination, une émotion aussi qui rend l'ensemble attachant.

DRAME DE WIM VANDEKEYBUS. AVEC JERRY KILLICK, NATALI BROODS, ORSI TOTH. 1H55. SORTIE: 09/09.

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