Cinéma flamand: la nouvelle vague du nord

02/08/13 à 14:00 - Mise à jour à 07/08/13 à 14:26

Il y a eu, dans les années 90, la nouvelle vague des cinéastes francophones de Belgique. Aujourd'hui, le paysage cinématographique flamand connait un fameux coup de jeune accompagné d'une grande reconnaissance internationale.

Cinéma flamand: la nouvelle vague du nord

The Broken Circle Breakdown © DR

Un an après la nomination aux Oscars de Rundskop, le film de Michael Roskam, Dood van een schaduw concourrait en février dernier pour l'Oscar du meilleur court-métrage. L'excellent The Broken Circle Breakdown de Felix Van Groeningen, recevait en février dernier le prix du public ainsi que le prix des exploitants européens à la Berlinale. La semaine dernière, le film était sélectionné parmi les trois finalistes du Prix LUX du Parlement Européen. En tant que finaliste, The Broken Circle Breakdown sera projeté dans les 28 états membres de l'Union Européenne dans le cadre des LUX Film Days. Pour ce faire, il sera sous-titré dans les 24 langues officielles de l'Union. Le prix LUX sera remis lors de la cérémonie qui aura lieu en décembre.

Cet exemple illustre une fois de plus le succès des créations audiovisuelles du nord du pays. Elles ont en effet été très appréciées l'an dernier lors des festivals internationaux, puisqu'elles ont remporté 298 prix.

De Helaasheid der dingen

De Helaasheid der dingen © DR

Naissance de "l'autre" cinéma belge

Jusqu'au milieu des années 2000, le cinéma flamand ne semblait capable de livrer que des succès locaux, qui ne s'exportaient jamais plus loin qu'Amsterdam. Or, depuis 2006, il marque un tournant international avec l'arrivée d'une nouvelle vague de cinéastes libres de toute contrainte et menant une grande inventivité et créativité, le cinéma flamand vers des thèmes inhabituels. Les Oscars, Berlin, Cannes tendent désormais la main à "l'autre" cinéma belge.

Le cinéma flamand connaît ses premiers succès à la fin des années 1980. Les audacieux Brussels By Night et Crazy Love de Dominique Deruddere semblaient alors annoncer une révolution dans le cinéma flamand qui restera néanmoins sans lendemain. Au début des années 2000, on découvre Meisjes de Dorothée Van Den Berghe, qui signalera l'apparition d'une génération nouvelle. Mais c'est Any Way The Wind Blows, de Tom Barman, qui marquera l'irrévocable tournant. Felix Van Groeningen frappe fort avec Steve+Sky en 2004, avant de crever l'écran avec son ravageur De Helaasheid der dingen (La Merditude des Choses) en 2008. Le mouvement de rajeunissement et d'affirmation d'originalité créative est lancé pour de bon!

En 2011, la Flandre donne une immense claque au monde avec la sortie de Rundskop (Tête de Boeuf). Le film catapulte l'acteur Matthias Schoenaerts parmi les jeunes stars hollywoodiennes et connaît un succès international sans précédent.

Pulsar

Pulsar © DR

Bruxelles, l'oasis des curieux

La plupart des cinémas bruxellois offrent aux curieux la possibilité de découvrir ces oeuvres dans des versions sous-titrées même si parfois, cela demande l'utilisation de subterfuges de la part des réalisateurs: "Kinepolis est le distributeur de nombreux films flamands. Actuellement, le groupe mène une politique qui estime que si un film a fait 200.000 entrées au nord du pays et qu'il ne saurait en faire que 3000 en plus du côté francophone, le film ne vaut pas l'effort d'être distribué", explique Thierry Vandersanden, premier attaché pour la promotion cinématographique pour la Fédération Wallonie Bruxelles. "Lors de la sortie du film Iedereen Beroemd, nommé aux Oscars en 2001, plusieurs salles francophones souhaitaient diffuser le film. Kinepolis avait une copie sous-titrée en français qu'il avait diffusé sur Bruxelles, mais ne voulait pas sortir le film en Wallonie. C'est le réalisateur même du film qui a du racheter une copie pour la distribuer à ses frais au sud du pays."

Un public captif

Par chance, malgré leur confinement sur un territoire restreint habité par environ 6 millions de personnes, les productions flamandes marchent très bien dans leurs salles. The Broken Circle Breakdown a terminé l'année 2012 en première place du box office des films belges flamands avec 355.313 spectateurs (entre-temps il totalise près de 400.000 spectateurs). Le film s'est ainsi hissé en haut du top 10 des films belges flamands les plus populaires depuis 2000. Tot altijd de Nic Balthazar a attiré 186.429 spectateurs et K3 Benjeltjes vient clôturer le podium avec 169.271 spectateurs. Ce bilan met en évidence des films différents, destinés à un public varié très captif. Le public flamand est également plus passionné par son cinéma que ne l'est le public francophone par les productions belges en langue française, sans pour autant y déceler un quelconque nationalisme. Le marché culturel flamand a fortement évolué depuis l'apparition de la VTM (Vlaamse Televisie Maatschappij), au début des années 1990. Auparavant, les téléspectateurs flamands regardaient beaucoup les chaines hollandaises, mais cette tendance a quasiment disparu aujourd'hui. Parallèlement, les spectateurs découvrent sur le petit écran une série d'acteurs vedettes qu'ils souhaitent retrouver quand ils vont au cinéma.

Les belges francophones font face, eux, à une situation tout à fait différente puisqu'ils doivent aujourd'hui imposer un marché intérieur pour leur propre cinéma, conséquence de la confusion fréquente entre le cinéma belge et le cinéma français. Les réalisateurs flamands ne se sentent pas obligés de revendiquer des accroches régionalistes pour se distinguer d'une industrie existante puisqu'ils ont l'avantage d'être linguistiquement isolés. Le cinéma flamand a donc de beaux jours devant lui, de quoi laisser rêveur au sud du pays.

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