Critique scènes: Seuls sous le monde

© Frédéric Nicolas
Estelle Spoto
Estelle Spoto Journaliste

Présenté aux Halles de Schaerbeek en ouverture du festival Hors Pistes, Le Grand Saut se pose à la frontière du cirque, du théâtre visuel et de la magie nouvelle pour créer des visions tantôt cauchemardesques tantôt enchanteresses.

Le programme du festival réside dans son nom : Hors Pistes, qui en est à sa onzième édition, présente du cirque sorti de ses formes traditionnelles. Plus de chapiteau circulaire, pas forcément d’agrès et des hybridations diverses avec d’autres pratiques artistiques.

Quand le décor du Grand Saut se dévoile, on comprend effectivement tout de suite qu’on n’assistera pas à une mise en piste de numéros : c’est un pan de monde imaginaire, avec ses règles propres, qui s’ouvre. Un monde sombre, cruel, absurde, à rapprocher de l’esprit du Brazil de Terry Gilliam, où trône un personnage semble-t-il muet, crâne rasé et barbe fournie, en bottes de caoutchouc et peignoir difforme. Il vit dans une sorte d’île souterraine, où aboutissent de nombreux tuyaux semblant cracher là les déchets du monde d’en-haut. Y compris des corps, qui y atterrissent après une longue dégringolade et que l’ermite, comme un Charon, se charge d’envoyer vers un autre au-delà. Jusqu’au jour où il se rend compte qu’il n’est plus seul.

Entre jeu clownesque, illusions de magie nouvelle (on pense souvent à Etienne Saglio) et fable à la Beckett, Benjamin Mouchette et Boris Prager forment une paire de personnages inattendus, au rebut, abandonnés, qui s’entraident et se déchirent, dans un huis clos aux images fortes et qui gagnera sans aucun doute la fluidité qu’il lui manque encore un peu à certains moments.

Le Grand Saut : le 20 octobre aux Halles de Schaerbeek dans le cadre du festival Hors Pistes (jusqu’au 13 novembre), www.halles.be; le 12 mai à la Maison de la Culture de Tournai, www.maisonculturetournai.com

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