Critique scènes: l’ouverture du Kunstenfestivaldesarts

We can make rain but no one came to ask
Estelle Spoto
Estelle Spoto Journaliste

Après une journée blanche dédiée à la mémoire de sa fondatrice décédée l’an dernier, Frie Leysen, le Kunstenfestivaldesarts s’ouvrait ce week-end à Bruxelles en occupant les failles du début de déconfinement, dans l’ambiance joyeuse de la réouverture des terrasses.

Le Kunstenfestivaldesarts 2021 a bien lieu. Si le Covid garde toujours pour l’instant les salles de spectacle légalement fermées (le secteur attend avec espoir le prochain Codeco du 11 mai et son plan « intérieur »), le festival a su tirer parti des possibilités du moment pour proposer un programme qui tient la route. Ce week-end d’ouverture proposait notamment une visite guidée, une installation vidéo et un streaming live.

La guerre et le merveilleux

Artiste d’origine libanaise installé à New York, Walid Raad accueillait les festivaliers pour une visite guidée de son exposition à la Maison des Arts de Schaerbeek, We Can Make Rain But No One Came to Ask. Une visite avec casque sur les oreilles, afin de l’entendre au mieux tout en gardant les distances nécessaires. À la manière d’un conteur, Walid Raad emmène son auditoire d’une salle à l’autre autour de pièces qui lient poétiquement les guerres, le merveilleux et la nature. On découvre notamment les motifs des céramiques d’Iznik, dites aussi « céramiques ottomanes » (le Liban faisait partie de l’Empire ottoman jusqu’au démantèlement de ce dernier après la Première Guerre mondiale), dans de folles pérégrinations; on apprend comment une invasion de criquets en Palestine en 1915 a influencé les forces géopolitiques dans la région et comment une passionnée de botanique a associé dans un langage codé des noms de fleurs et ceux de chefs d’État impliqués dans la guerre civile libanaise. Un peu de légèreté dans un monde de brutes.

  • We can make rain but no one came to ask: exposition jusqu’au 30 mai, visites guidées avec Walid Raad jusqu’au 14 mai, à la Maison des Arts.
No History in a Room Filled with Peopke with Funny Names
No History in a Room Filled with Peopke with Funny Names© Korakrit Arunanondchai

Sous les lasers verts

Changement d’ambiance à la chapelle des Brigittines, même s’il est question, ici aussi, de merveilleux. L’artiste visuel originaire de Bangkok Korakrit Arunanondchai y présente une installation immersive qui confronte le public, lové dans de grands coussins sur un tapis de terre, à trois écrans, le tout englobé de rayons laser verts. No History in a Room Filled with People with Funny Names 5 se base sur un événement réel: le sauvetage épique de douze adolescents d’une équipe de foot coincés suite à une inondation dans une grotte, en 2018, en Thaïlande. S’y mêlent des images d’êtres humains en fin de vie, d’animaux, domestiques ou non, le chant conjoint de Mariah Carey et Whitney Houston, et les performances d’une déesse à la bouche clignotante. Un aller simple pour un autre monde, qui interroge aussi notre rapport au spirituel.

  • No History in a Room Filled with People with Funny Names 5: jusqu’au 12 mai aux Brigittines.
Chassol - Chou
Chassol – Chou© monsieurandrée

Chou de Bruxelles

À l’invitation du Kunsten, le musicien et compositeur français Christophe Chassol est venu s’immerger quelques jours à Bruxelles, en janvier dernier, pour en ramener la matière d’un nouvel album/concert/performance où les mots et les sons deviennent mélodies et harmonies: Chou. En streaming live depuis l’Ancienne Belgique, Chassol et le batteur Mathieu Edward assuraient devant un écran géant la BO d’un film jouant sur le split screen et les loops. On y voyage de la place de la Monnaie à la place Poelaert (« Les échafaudages ont mon âge« , répète l’humoriste Inno JP, à propos du palais de Justice), de Koekelberg au club de jazz l’Archiduc, avec la chouette sensation que la pandémie n’a pas complètement étouffé la vie musicale dans la capitale.

  • Kunstenfestivaldesarts: jusqu’au 30 mai, puis du 1er au 8 juillet à Bruxelles, www.kfda.be

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