Critique

[À la télé ce soir] Pornotropic: Marguerite Duras et l’illusion coloniale

© LES BATELIERES PRODUCTIONS
Nicolas Bogaerts Journaliste

Ouvrant la nouvelle saison de sa série de documentaires « Les Grands Romans du scandale », la chaîne franco-allemande s’est arrêtée aux pieds d’Un barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras.

Un chef-d’oeuvre boudé par le Goncourt en 1950, et pour cause: alors que la France est plongée dans la guerre d’Indochine, le livre est une critique frontale de la colonie et de la colonisation, son déroulement, sa corruption, sa brutalité, son esclavage maquillé. Il surligne la condition des femmes, celles de la métropole comme des Indochinoises. Nanti d’archives saisissantes, de lectures (par Romane Bohringer), d’extraits d’entretiens donnés par Duras à la télé ou la radio et d’une musique particulièrement hantée, Pornotropic bénéficie des interventions de la politologue Françoise Vergès, de l’anthropologue Ann Laura Stoler, ainsi que d’historiens qui, avec le roman et son esthétique de la perte du monde comme fil rouge, révèlent les formes d’exploitation de « ce bordel colossal qu’était la colonie« . Car c’est là, depuis les claques de Biên Hòa ou de Saïgon, que s’est répandue, jusque dans les imaginaires les plus contemporains, la figure de la prostituée asiatique. Une trajectoire bouclée en un effet miroir d’où il est difficile d’effacer notre reflet.

Documentaire de Nathalie Masduraud et Valérie Urrea. ****

Mercredi 7/10, 22h50, Arte.

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