Critique

[à la télé ce soir] Mohamed Ali: ring ring ring

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Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Portrait maousse costaud d’un champion, d’un pionnier, d’un révolutionnaire, d’un précurseur, la série documentaire de Ken Burns est formidablement fouillée et captivante.

« Il faut être un as pour me battre. Je suis sûr de moi. J’ai disputé plus de 200 combats et je suis aussi joli qu’une fille. » « Huez, criez, jetez des cacahuètes tant que vous voudrez. Mais payez pour rentrer. » Si l’athlète retraité, tremblant, qui allumait la flamme olympique reste à jamais gravé dans les mémoires suscitant sympathie et émotion, Mohammed Ali a longtemps été détesté pour son arrogance autant que pour des raisons raciales, sociales, religieuses et politiques… Notamment après son refus de combattre au Viêtnam. « Je ne ferai pas 16.000 kilomètres pour tuer des gens qui ne m’ont jamais traité de nègre. »

Portrait maousse costaud d’un champion, d’un pionnier, d’un révolutionnaire, d’un précurseur, Mohamed Ali le sobrement nommé est l’oeuvre de Ken Burns. Spécialiste de l’Amérique, du travail au long cours et de la série documentaire, Burns s’est depuis le début des années 90 penché sur la guerre de Sécession (The Civil War, 11h), l’un des sports les plus populaires des États-Unis (Baseball, 19h), le pire bourbier dans lequel le pays s’est enlisé (The Vietnam War, 16h30) ou encore certaines de ses musiques les plus emblématiques (le jazz et la country). Après s’être frotté une première fois à la boxe avec Unforgivable Blackness, racontant sur fond de racisme et d’inégalité sociale un certain Jack Johnson, premier champion afro-américain de boxe poids lourd, le réalisateur ausculte ici la vie et la carrière de Mohamed Ali. Burns, sa fille Sarah et son compagnon David McMahon ont mis plusieurs années à coréaliser cette impressionnante et riche biographie bâtie sur un énorme fonds d’archives publiques et privées (500 heures de vidéo, 15.000 photos) et des dizaines de témoignages.

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« Comment je m’appelle? Comment je m’appelle? » Le boxeur nargue son adversaire qu’il secoue d’une avalanche de droites dans l’une des scènes les plus incroyables de l’Histoire du noble art. C’est le titre donné au deuxième volet de cette série documentaire en quatre parties, de ce portrait fouillé de quasiment huit heures. Né d’un père artiste militant, charismatique et sûr de lui, et d’une mère femme de ménage, Cassius Clay, devenu musulman, exige qu’on l’appelle désormais Mohamed Ali. Burns and co abordent tous les aspects fondamentaux de sa vie. Ils croisent la grande et les petites histoires, comme sa peur bleue des avions qui lui a fait acheter un parachute dans un magasin de surplus militaire pour participer aux sélections olympiques. Et s’attardent sur ce que bon leur semble (l’histoire de Sonny Liston, le parcours de Joe Frazier, d’importants événements sociétaux…). Formidablement fouillé et captivant.

Série documentaire de Ken Burns, Sarah Burns et David McMahon. ****(*)

Mardi 11/01, 20h50, Arte.

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