Critique | Musique

Stormzy emploie la manière douce sur son nouvel album

3,5 / 5
© DR
3,5 / 5

Album - This Is What I Mean

Artiste - Stormzy

Genre - Rap

Label - Universal

Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

Sur son troisième album, Stormzy met de côté ses rimes les plus rugueuses pour laisser place à une plus grande vulnérabilité.

Il y a trois ans, quasi jour pour jour, Stormzy sortait son deuxième album. Sur la pochette de Heavy Is the Head, le Londonien portait une couronne sur la tête, tenant entre les mains un gilet pare-balles aux couleurs de l’Union Jack. Comme prêt pour aller au combat, et défendre son titre de nouveau roi du grime, version British et rugueuse du rap, qu’il a contribué à rendre mainstream. C’était sans compter la pandémie. Le 10 février 2020, à Bruxelles, il jouait encore dans une AB pleine comme un œuf. À peine un mois plus tard, le virus imposait le confinement généralisé. Et mettait en pause son irrésistible marche en avant…

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Autant dire qu’en relançant la machine à l’automne, Michael Omari de son vrai nom avait les crocs. C’est ce qu’annonçait en tout cas un premier clip. Long de plus de dix minutes, Mel Made Me Do It déployait les gros moyens. Et surtout un casting XXL: Usain Bolt, José Mourinho, mais aussi une série de têtes d’affiche de la scène musicale afro-britannique, de Little Simz à Dave en passant par Headie One.

Une manière pour Stormzy de montrer que son succès ne doit pas éclipser celui de ses collègues. Comme il le clame au milieu de son nouvel album, sur My Presidents Are Black: “They told us just one at a time, that’s the biggest lie”… Venant d’un artiste qui a financé un programme de bourses universitaires ciblant les étudiants afro-descendants, ce n’est pas tellement étonnant. Ce qui l’est plus, par contre, c’est de voir que My Presidents Are Black est plutôt une exception dans un disque qui joue moins l’offensive que le réconfort d’une mélodie sucrée. This Is What I Mean préfère en effet dévoiler ses fragilités et ses peines de cœur que rouler des mécaniques.

© National

Se présentant désormais comme un “mix entre Kanye West et Donny Hathaway, Stormzy chante quasi autant qu’il rappe. Il ouvre ainsi son troisième album avec le diptyque Fire + Water, longue ballade gospelisante de huit minutes, rappelant inévitablement son tube Blinded by Your Grace. De la même manière, Please est une confession soufflée du bout des lèvres, tandis que Need You joue la romance afrobeat, et que Bad Blood laisse échapper un saxophone lounge. À se promener en équilibre sur le fil du sensible, plus d’un auraient glissé dans le mielleux, davantage “aveuglés” qu’illuminés par la grâce… Le plus souvent, Stormzy réussit heureusement à donner une certaine profondeur à ses complaintes, notamment en lui offrant une dimension collective -il laisse même Sampha prendre un titre entièrement à son compte (Sampha’s Plea).

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D’aucuns ne manqueront pas de tiquer devant un tel parti pris. Certains y verront même la volonté de Stormzy de lisser toujours plus sa musique pour mieux la faire rentrer dans les charts. Jusqu’ici, son plus gros hit reste pourtant bien Vossi Bop, rengaine vicieuse dans laquelle il insultait Boris Johnson, et non pas, par exemple, Own It, crossover pop commis avec Ed Sheeran. Le pari est donc plus risqué qu’il n’y paraît. Stormzy en est le premier conscient. Mais, au fond, qu’importe le poids de la couronne, si le cœur est léger…

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