Philosophie de la chanson moderne

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Bob, farceur misanthrope, jamais là où on l’attend. Si? Lauréat du prix Nobel de littérature en 2016 pour “avoir imaginé de nouvelles expressions poétiques dans la grande tradition de la chanson américaine, Robert a sans doute mal aux pieds et ne prend pas la peine de se rendre alors en Suède. La prestigieuse récompense sera acceptée en septembre par… Patti Smith, avant que Bob ne consente, au final, à se rendre en 2017 en Scandinavie pour l’obtention de la médaille -et le gros chèque synchro-, demandant aussi l’interdiction des médias. Curieux mec, pour le moins -impression pléonasmique- qui n’a cessé de souffler le chaud et le froid sur sa propre biographie. Parmi une petite dizaine de livres parus -dont le Tarantula expérimental de 1971- se distingue évidemment la parution en 2004 de Chronicles: Volume One. Dylan s’y raconte en bio non-linéaire via des fragments de parcours chapitré, du little Jew insulaire du Minnesota à l’anti-symbole planétaire majeur. Alors que rien n’annonce une suite à ces mémoires, très élégamment rédigés, le Bob publie à l’automne 2022 un ouvrage aussi déconcertant que copieux. Dans Philosophie…, l’improbable zorro existentiel scrute 66 chansons -date sixties du passage de Dylan à l’électrique- dans un choix largement inattendu. Il s’agit autant d’une proposition visuelle -formidables et rares images restituées- que d’un choix éditorial étonnant. Certaines chansons semblent évidentes vu leur essence musicale ayant influencé Bob -Johnny Cash, Mose Allison, Carl Perkins, Roy Orbison, Ray Charles, Presley etc.-, mais l’auteur, très en verve, chair et os, va aussi rechercher des talents moins attendus sous sa plume. Comme ceux du formidable Amérindien John Trudell, The Clash, Harold Melvin & The Blue Notes, Jackson Browne, The Who, Elvis Costello ou Perry Como. Avec un regard et une écriture affûtés qui ont le talent premier de la littérature: surprendre et envoûter.

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de Bob Dylan, éditions Fayard, 352 pages.

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