Olivia Côte, actrice coup de coeur des Cyclades

On y vient pour Laure Calamy, on en repart avec Olivia Côte. © National

Rencontre avec la comédienne française Olivia Côte, à l’affiche des Cyclades, de Marc Fitoussi. Une comédie enthousiasmante et stimulante dont elle partage l’affiche avec Laure Calamy.

Il est très possible que vous alliez voir Les Cyclades pour Laure Calamy (excellente au demeurant), et que vous en ressortiez avec un énorme coup de cœur pour Olivia Côte. Sûrement l’aviez-vous déjà appréciée dans Pupille ou Antoinette dans les Cévennes, sans vraiment retenir son nom. Cette comédienne à la formation classique et à la carrière atypique explose enfin sur le grand écran avec ce rôle pourtant à contre-emploi. Alors oui, c’est un peu galvaudé, l’histoire du contre-emploi, mais Olivia Côte confirme: “Le grand défi pour moi, c’était de ne pas tomber dans la caricature. Dans la vie, je suis radicalement différente de Blandine. Pour moi, elle représente le charme discret de la bourgeoisie, ou plutôt l’odeur rance d’une manière d’être au monde qui étouffe les gens, alors que moi j’ai horreur des conventions, je suis angoissée à l’idée de devoir être une femme qui se tient bien, qui ne parle pas trop fort, qui ne pose pas de questions gênantes. Il fallait que j’aime très fort cette personne pour pouvoir l’interpréter. Alors j’ai axé mon travail sur son grand manque de confiance, un déficit abyssal d’estime de soi. Elle est très timide et introvertie, c’est ça qui m’a touchée.

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C’est ça aussi qui touche certainement le public, la trajectoire de cette femme “gelée”, qui part presque malgré elle à la rencontre de son adolescente intérieure, qui la convoque avant de perdre pied, avec la complicité de son amie d’enfance. Ensemble, elles s’épaulent, se soutiennent, appellent la joie et luttent pour surmonter le désastre. C’est cette sororité qui a convaincu l’actrice de s’engager dans ce projet -“ça ressemblait beaucoup à un scénario que j’essaie d’écrire depuis des années, ce qui est un peu troublant!”- et son amitié de 20 ans avec Laure Calamy.

Duo musical

Les Cyclades, c’est avant tout un film qu’Olivia Côte appelait de ses vœux en tant que spectatrice. “Je n’ai pas forcément envie de voir des histoires de femmes de 40 ans qui se rassurent en couchant avec des mecs de 17. J’ai plutôt envie qu’on me raconte autre chose. Le féminisme, la sororité, ce sont des mots qui résonnent en moi, alors qu’on a l’impression qu’ils sont -déjà!- un peu méprisés, genre “on en a marre d’en entendre parler à toutes les sauces”. Mais attendez, la sororité, ça fait quoi, trois ans qu’on en parle? On en a déjà marre des films entre femmes? Mais à l’échelle de l’Histoire du cinéma, ça fait deux secondes qu’on y est! Alors oui, j’ai envie de voir des films avec des femmes qui s’entraident, qui font circuler la joie. C’est le défi le plus extrême, et donc peut-être le plus excitant je trouve, de parler des désastres de la condition humaine, de la maladie, du deuil, des choses qui nous angoissent le plus dans un film dont on peut sortir avec le sourire. Provoquer la catharsis, tout en nous allégeant.

Revenons d’ailleurs à son duo, délicieusement comique, avec Laure Calamy: “Ce qui était marrant, c’est que j’étais comme un chien en laisse, et que je devais jouer avec un chien foufou qui lui avait le droit de courir partout. C’était un vrai rôle de composition pour moi, j’ai changé ma façon de rire, de marcher, de sourire. Pour ne pas ressentir la frustration, je me disais qu’on était un duo musical, bâti sur cette opposition pour que l’harmonie fonctionne. Il fallait oublier son ego pour participer au contraste comique.

Ce qui la rapproche aussi de Laure Calamy, en tous cas vu de l’extérieur, c’est que toutes deux ont accédé à la notoriété à un âge relativement avancé, où il y a quelques années à peine, les actrices avaient plutôt tendance à disparaître qu’à apparaître. “Ça m’amuse beaucoup en fait, confie-t-elle, parce que jeune, j’ai été traumatisée par cette phrase de Truffaut: “Le cinéma, c’est l’art de faire faire de jolies choses à de jolies femmes”. Je me suis toujours trouvée assez vilaine physiquement, je me demandais comment j’allais pouvoir faire du cinéma. Ça me réjouit qu’aujourd’hui, alors que je suis loin d’avoir 25 ans, on me demande de faire des choses fortes, émouvantes, burlesques. Aujourd’hui, il y a des cinéastes qui ont envie de montrer autre chose que l’érotisme chez les femmes. On peut enfin sortir du male gaze, alors qu’on l’a longtemps internalisé. Il y a encore quelques années, quand je voyais une actrice pas extrêmement jolie, et un peu vieille, genre 40 ans, je me disais “Oh non!” Mon œil a été éduqué à la jeunesse et l’extrême joliesse par l’Histoire de l’art. Heureusement aujourd’hui ça va mieux, je peux voir des films avec des héroïnes de 60 ans, grosses et pas dans les canons de beauté. C’est assez nouveau, qu’on se mette à raconter des histoires de femmes de tous âges. Et c’est extrêmement réjouissant.

Les Cyclades

1989. Blandine et Magali ont 15 ans, elles boivent du Malibu et écoutent en pleurant Éric Serra leur faire le coup du Grand Bleu. Elles se promettent qu’un jour, elles aussi iront sur l’île d’Amorgos. Sauf que leur amitié ne résiste pas aux beaux yeux d’un garçon, et que quand elles se recroisent presque par hasard, 30 ans plus tard, elles n’ont plus grand-chose en commun. Pourtant, elles se lancent dans une folle aventure, une union amicale un peu forcée pour vivre enfin leur grand rêve de Grèce, rejouer la fugue adolescente tant fantasmée. Coincée dans sa vie étriquée, Blandine va peu à peu prendre le large, tandis que Magali va retrouver un ancrage. L’histoire d’une amitié qui traverse les âges et les épreuves, qui cultive la tendresse et la joie.

De Marc Fitoussi. Avec Olivia Côte, Laure Calamy, Kristin Scott Thomas. 1 h 50. Sortie: 18/01. 7

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