Pukkelpop : les adieux de Sons of Kemet

© Wouter Van Vaerenbergh
Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

«La journée de samedi a affiché complet. Les autres jours en étaient proches.» Dans son communiqué de presse, dimanche, le Pukkelpop donnait plein de chiffres inutiles. « 150 mamans ont tiré environ 40 litres de lait pour leurs bébés au Milk‘n Boobs bar. 22 foodtrucks ont servi 106 plats différents à Food Wood. 15.000 festivaliers ont fait un tour de Grande Roue. Les 5326 bénévoles, nourris au sandwich, ont consommé environ 20.000 kg de nourriture…» Mais les organisateurs n’indiquaient pas précisément dans leur courriel combien de personnes se sont promenées ce week-end sur la plaine de Kiewit. Ce qu’on peut assurer, nous, par contre, c’est que l’ambiance a été au beau fixe et que le Pukkelpop reste le gros festival où, dans la pléthore d’offre, les découvertes se font les plus intéressantes. Pour ce dernier jour de festival et de ripailles, on était en terrain relativement connu mais quelques enseignements s’imposent. Le premier, c’est qu’un groupe à guitares de rockeurs toulousains a sa place à Kiewit (pendant le Pukkel) et parle aux Flamands. Il y avait tout simplement plus de monde devant le concert de Slift à Hasselt que devant un Warmduscher ou un Black Midi à Dour. Jusqu’au-boutiste, Slift est d’une puissance extrême. Peut évoquer Ty Segall dans ce qu’il a de plus dur. Mais aussi le stoner, les musiques bruitistes et psychédéliques. Il y a aussi du garage et du hard rock dans tout ça. Plus intéressant sur scène que sur disque. Mieux que des poids et haltères pour muscler la journée. Cette journée, ça devait être un peu celle des Arctic Monkeys. Mais le groupe de Sheffield, s’il a joué pendant plus d’une heure et demie, gratifié de quelques-unes de ses meilleurs chansons (Teddy Picker, The View From The Afternoon, I Bet You Look Good on the Dancefloor), proposé une scénographie plutôt distinguée et quasiment fait plaine comble, a assuré le minimum syndical. Sept morceaux de l’album AM (est-ce bien raisonnable?), aucun nouveau titre, une présence lymphatique, un son pas dingue, quasi aucune interaction avec le public. On s’est nettement mieux marré chez ce spécimen de Donny Benét. Un crâne dégarni, des longs cheveux, la plus belle moustache du festival (façon porn star old school) et un concert d’improbable lover, d’étrange crooner. Très tôt dégarni (il aurait pu mettre une perruque comme André Agassi), Donny savait que le sexe et la romance étaient sans doute la dernière chose qu’on attendait de lui. L’Australien fan d’italo disco (son père, Antonio Giacomelli Benét, était accordéoniste) et de claviers des années 80 fait donc de la musique pour détendre les slips et les strings. Konnichiwa Mission accomplie. Aidé par son impeccable saxophoniste.

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Si la veille, on avait pu voir quasiment tout ce qui nous intéressait, ce dimanche est celui des doublons (non, ça, le houblon, c’était tous les jours). Les Monkeys face à Four Tet, Bright Eyes et Badbadnotgood, c’est quand même sacrément cruel. On a cependant découvert les deux sauvages de Nova Twins (un peu Ho88o8 au masculin, un peu Beastie Boys black, de l’afro punk avec du Prodigy dedans). «Le meilleur groupe que vous n’avez jamais entendu,» selon Tom Morello de Rage Against The Machine. C’est physique. Une énergie folle. Les oreilles sifflent encore. Mais c’est ça qu’on aime au Pukkel. Se dézinguer les tympans après s’être laissé séduire par le jazz groovy d’Emma-Jean Thackray.  

Nova Twins © Wouter Van Vaerenbergh

De toutes façons, l’événement de dimanche, c’était le dernier concert de Sons of Kemet. Pas le dernier concert de sa tournée, de son été, de son année. Normalement le dernier concert de son histoire. Le saxophoniste Shabaka Hutchings, le formidable joueur de tuba Theon Cross et leurs deux batteurs (Edward Wakili-Hick et Tom Skinner qui fait équipe avec Thom Yorke et Jonny Greenwood dans The Smile) ont décidé après dix ans et quatre albums de refermer le chapitre, de boucler la boucle. On verra ce que l’avenir réserve. C’était en tout cas apparemment la dernière chance de voir les Sons dans la formule que l’on connait et ce jazz plein de souffle, métissé, qui nous a déjà tant fait danser. Pas de grandes déclarations. Juste des accolades plus appuyées que d’habitude et un rappel inattendu devant un public conquis qui pour la plupart n’avait pas conscience de ce qui se jouait. Merci pour tout.

Sons of Kemet © Wouter Van Vaerenbergh

Les photos du dimanche, par Wouter Van Vaerenbergh

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