Critique | Musique

L’album de la semaine : You Can’t Kill Me de 070 Shake

4 / 5
© Eddie Mandell
4 / 5

Album - You Can't Kill Me

Artiste - 070 Shake

Genre - Pop

Label - Def Jam

Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

Sur son deuxième album, l’Américaine 070 Shake donne une nouvelle ampleur à sa pop sensible, entre mélodies r’n’b romantiques et synthés funambulesques.

Ce fut l’un des “premiers albums” les plus marquants de ces dernières années. Avec Modus Vivendi, publié en 2020, l’Américaine 070 Shake sortait un disque de pop/r’n’b’ trouble et habité. Vu les attentes -immenses- et le buzz -énorme- qui entouraient l’artiste, sa réussite était d’autant plus brillante. Deux ans plus tôt, 070 Shake avait en effet déjà attiré l’attention en atterrissant sur les albums de Pusha T et, surtout, Kanye West. On peut critiquer l’ego boursouflé du rappeur, il n’empêche que celui-ci a toujours su s’entourer et mettre en avant de nouvelles têtes. Signée sur son label G.O.O.D. Music, 070 Shake avait ainsi sublimé le morceau Ghost Town, sur l’album Ye, en 2018. Elle y chantait ce genre de lyrics libérateurs: “ I put my hand on a stove/to see if I still bleed/ And nothing hurts anymore/I feel kinda free. À ses côtés, le patron évidemment, le Canadien PartyNextDoor, mais aussi Kid Cudi, rappeur versatile dont la psyché tourmentée a toujours alimenté les morceaux. Un peu comme 070 Shake d’ailleurs. Née en 1997, Danielle Balbuena de son vrai nom a été élevée essentiellement par sa mère, immigrée portoricaine très croyante, qui a mis du temps à accepter l’homosexualité de sa fille. Dans ses morceaux, la chanteuse-rappeuse-productrice n’a jamais hésité à livrer ses inquiétudes. C’est plus que jamais le cas sur You Can’t Kill Me, son nouvel album.

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Trip ambigu

Le titre se veut combatif: freinée dans son ascension par la pandémie, 070 Shake revient plus remontée que jamais! Sauf que, en creusant un peu, on apprend que l’idée de départ était d’intituler l’album You Can’t Kill Me If I Don’t Exist… Balbuena fait notamment référence aux réseaux sociaux, dont on sait à quel point ils peuvent être violents et cruels. Pour s’épargner, elle a préféré jouer l’effacement, y réduisant sa présence au strict minimum. La pochette même du disque brouille son visage.

Or, c’est précisément dans ce mélange entre flou artistique et intentions romantiques que la pop de 070 Shake trouve son identité et sa force. Vocalement déjà, la chanteuse sème la confusion, avec son timbre ambigu -“ I’m so androgynous, I keep confusing them”, chantait-elle encore l’an dernier sur son single Lose My Cool. Produite à nouveau avec Mike Dean (et pour partie Dave Andrew Sitek), la musique baigne la plupart du temps dans des nappes de synthés eighties brumeuses. Dans leurs moments les plus torves, les claviers vintage peuvent rappeler ceux de Carpenter ( Medicine). Sur Body, avec Christine & The Queens, 070 Shake parvient ainsi à créer une ambiance à la fois sensuelle et menaçante. Blue Velvet est une autre réussite, qui assume sa référence lynchienne en proposant une ballade nocturne traînante, à peine éclairée par des cordes hollywoodiennes. À force, la musique de 070 Shake pourrait finir par disparaître, noyée dans le brouillard qu’elle a elle-même contribué à créer. C’est sans compter les mélodies crève-cœur qui, plus que jamais, semblent directement connectées à la personnalité écorchée de 070 Shake.

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