Critique | Musique

L’album de la semaine: Time Bend and Break the Bower de Sinead O’Brien

4 / 5
© National
4 / 5

Album - Time Bend and Break the Bower

Artiste - Sinead O’Brien

Genre - Rock

Label - Chess Club Records

Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

La poétesse irlandaise Sinead O’Brien, qui a travaillé pour John Galliano et Vivienne Westwood, sort enfin son premier album.

La première fois que Sinead O’Brien est apparue de manière significative sur les radars, c’était en provenance de Londres et du quartier de Streatham. En juillet 2019, la Dublinoise de naissance sortait un single, Taking on Time, sur le label à tête chercheuse (Speedy Wunderground) du producteur Dan Carey. Un 45 tours enregistré en un jour et sorti en tirage limité (250 exemplaires) comme le gourou de la jeune et aventureuse scène anglaise en avait déjà fomenté entre autres avec Black Midi, Squid, Black Country, New Road et Tina. L’Irlandaise a traîné en chemin mais Carey a le nez fin. C’est lui qui a produit Time Bend and Break the Bower, ce premier album tant attendu qui débarque enfin dans les bacs.

Le contenu intégré souhaite enregistrer et/ou accéder à des informations sur votre appareil. Vous n’avez pas donné l’autorisation de le faire.
Cliquez ici pour autoriser cela de toute façon

Originaire de Limerick, surnommée Stab City (la “ville du poignard) du fait de la fréquence des agressions au couteau qui y étaient perpétrées, O’Brien est une descendante de Patti et de Mark E. Smith. De Didion, Yeats et Camus. Elle n’en a pas moins commencé sa carrière professionnelle dans le milieu de la mode, bossant pour Vivienne Westwood et John Galliano. C’est à Paris, où elle effectue un stage chez Dior, que la jeune femme commence à exercer ses talents d’autrice. Assise à la terrasse de cafés, elle observe les passants pendant des heures et griffonne ce que lui inspirent le comportement des gens et les infimes changements d’atmosphère.

© National

Then I must be a singer. Set me free. Let me sing. Let me make a song for all the things I look upon”, déclame-t-elle sur Multitudes, extrait de son premier album. De fil en aiguille, Sinead O’Brien, publiée dans la prestigieuse London Review of Books et le plus vieux périodique littéraire anglais, le mythique London Magazine qui a défendu Sylvia Plath, T.S. Eliot et William Burroughs, s’est dirigée vers la musique. Post-punk? Dark wave? De manière plus générale rock alternatif? Le cadre sonore planté par le guitariste Julian Hanson et le batteur Oscar Robertson lorgne plus souvent qu’à son tour du côté du dancefloor. Il y a des échos aux Chemical Brothers (Salt), à la no wave et à ESG (Girlkind, Like Culture), puis aussi au label DFA dans ces onze titres qui célèbrent le pouvoir guérisseur du mouvement et la puissance du sprechgesang. Sinead ne chante pas souvent. O’Brien ne chante pas vraiment. Elle dit, déclame, rappe, fredonne. À la croisée des chemins. Du rock et de la poésie. De John Cooper Clarke et de Kate Tempest. Inspirée par l’Histoire de l’art, du cinéma, de la danse, de la photographie, les femmes fatales d’Helmut Newton, les paysages sombres d’Henri Cartier-Bresson, les écrits de Virginia Woolf et de Samuel Beckett, l’Irlandaise s’est construit un univers bien elle. Fort. Singulier. Une solide carte de visite.

À voir en concert le 15/09 au Grand Mix (Tourcoing) et le 26/09 au Trix (Anvers).

Partner Content