Belle and Sebastian, from Glasgow

This is Scotland... © Hollie Fernando
Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Avec A Bit of Previous, Belle and Sebastian sort son premier album studio en sept ans. Vieillissement, confinement et réincarnation…

Ils étaient censés l’enregistrer sous le soleil de Los Angeles. C’est finalement chez eux dans la grisaille de Glasgow que les Écossais de Belle and Sebastian ont fabriqué leur dixième album. Leur premier full disque studio depuis 2015. “Après Girls in Peacetime Want to Dance , je ne voulais plus sortir d’album, avoue l’adorable Stuart Murdoch. J’avais l’impression que les gens n’en écoutaient plus. Je ne sais pas si c’est une question de format. Peut-être que notre disque n’était pas aussi bon qu’on l’imaginait. Il n’a pas semblé rencontrer un grand écho chez les gens. Je me suis dit que c’était peut-être trop long pour les auditeurs.

Les rois de la pop de chambre ont sorti des EP, composé la musique d’un film (Days of the Bagnold Summer), portrait d’une femme divorcée et de son fils de 15 ans fan de metal. C’est sur la demande de leur label, Matador, “des amis”, que Belle and Sebastian s’est remis à voir les choses en grand. Après avoir enregistré à Atlanta, Los Angeles et Londres, le groupe comptait retourner bosser dans la cité des anges. “La principale chose dont je voulais rester à l’écart, c’était Glasgow. Et pour le coup, ça n’a pas super bien marché, avoue la multi-instrumentiste et chanteuse Sarah Martin. Quand tu restes à la maison, la vie quotidienne te traque… Depuis 15 ou 20 ans, à chaque fois qu’on bossait sur un nouvel album, on s’isolait. C’était presque une retraite monastique.

Les Écossais avaient embauché Shawn Everett, notamment croisé auprès des Killers, de Weezer, d’Har Mar Superstar… “Parfois, notre manager propose des producteurs dans l’air du temps, reprend Murdoch. On ne fait pas ce genre de trucs généralement. Mais Shawn a bossé sur de super disques. Des trucs comme Alabama Shake, à la fois délicats et directs. Je voulais conserver un peu d’espace pour notre rencontre. J’avais laissé des chansons et des idées en jachère. Prêt aussi à écrire de nouveaux morceaux. Ce n’est jamais arrivé.” Le virus est passé par là. Les Belle and Sebastian se sont retrouvés assignés à résidence et ont aménagé leur lieu de répète en studio d’enregistrement. “ Quand on est arrivés dans ce building en 2004, il y avait un forgeron et une société de pompes funèbres. Maintenant, tu as une micro-brasserie, un céramiste, une boutique de brownies et un vendeur de burritos… C’est devenu un endroit cool.

Sur le fort inégal A Bit of Previous – premier disque entièrement enregistré par le groupe écossais à Glasgow depuis… 1999 et Fold Your Hands Child, You Walk Like a Peasant– il y a un peu de tout. Du folk rock, de la pop de chambre, une touche d’Eurovision, une pointe de gospel. Des morceaux plus remuants aussi. Le refrain d’Unnecessary Drama fait presque penser à du Django Django. “Les gens qui dansent et vont en boîte de nuit te diraient que ce ne sont pas des titres pour enflammer les dancefloors, mais ces morceaux ont du rythme. On ne retournera jamais en arrière je pense. Je ne pourrais plus faire un album uniquement composé de ballades. Parfois, on voit des artistes qui perdent leur grand-mère et qui lui consacrent un disque. Ça n’a jamais été moi. Même si on écrit sur nous, sur des gens qu’on aime, sur des gens qui nous manquent.

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Fan based…

Si certains l’ont toujours considéré comme un groupe de boyscout, Belle and Sebastian n’a pas marqué l’Histoire de la pop que de sa musique. Il a aussi ouvert la voie au All Tomorrow’s Parties et à tous ces festivals dont des artistes sont les programmateurs. Le groupe de Stuart Murdoch avait organisé son propre événement, le Bowlie Weekender, au camp de vacances de Pontin, à Camber Sands, dans le Sussex en 1999. Là où l’ATP prendrait l’année suivante ses quartiers. “Si c’était une bonne idée, si c’en est devenu une peut-être, c’est parce que souvent les meilleures sont les plus simples, les plus évidentes. Je n’aimais pas les festivals. On avait le T in The Park à Glasgow. Mais j’avais l’image de mecs qui se battaient et qui se pissaient dessus. Je ne voyais pas vraiment l’intérêt. Je savais notre groupe et les gens qui nous suivaient plus délicats. On s’est dit: organisons un festival dans un de ces camps et tout le monde pourra louer un petit cottage.

Murdoch avait jadis travaillé dans un de ces villages balnéaires au charme so british. “ À l’époque, l’électricité et le chauffage ne fonctionnaient pas par carte prépayée. Je devais aller dans toutes les chambres. C’était mon boulot. Le samedi à 9 h du matin, tu avais parfois des mecs qui dormaient nus par terre dans leur living avec de la bière partout. Tu devais enjamber les cadavres.” L’ambiance du festival s’est révélée unique. “Les gens se sont mis à organiser des fêtes dans les chalets. Ils cuisinaient. Même les groupes. Je me souviens de Mercury Rev qui avait sorti son propre barbecue. C’était génial.” En guise d’anniversaire, en 2019, Belle and Sebastian a organisé le Boatie Weekender, un festival sur un bateau. “C’était autre chose. Nettement plus posh.

Belle and Sebastian est proche de ses fans. Il a réagi au premier confinement en demandant à ses auditeurs de décrire leur expérience pour un projet collaboratif sur l’isolement: Protecting the Hive. “Chris (Geddes) a fait la musique et notre ami Kenny (MacLeod) a filmé. Quand je le vois maintenant, ça me rappelle ce moment où les rues étaient désertes. En tant que groupe, qu’artiste, on veut se sentir utile. On a conscience qu’on a un public et on va beaucoup vers lui pour collaborer.

Pendant le lockdown, Murdoch a aussi donné des cours de méditation en ligne. “Je m’y suis intéressé il y a sept ou huit ans. J’ai eu un bébé. Ce qui est génial mais aussi particulièrement stressant. Donc, je me suis mis à la méditation. J’ai découvert le bouddhisme. Et quand la pandémie est arrivée, je me suis dit que je pourrais partager ce que j’avais appris.” Murdoch parle d’un fan malade et très isolé avec lequel il s’est mis à communiquer et qui a inspiré la chanson Talk to Me, Talk to Me. Il évoque les problèmes de santé qui l’ont, lui, contraint jeune homme de vivre enfermé. Et questionne la réincarnation. Une histoire d’amour…

Belle and Sebastian, A Bit of Previous, distribué par Matador. Le 08/07 au Cactus Festival (Bruges).

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