Myriam Leroy
Myriam Leroy Journaliste, chroniqueuse, écrivain

Le Prisonnier, version 2009, a été catapulté sur les écrans américains. Avec un succès mitigé. Focus a aimé.

Il n’y a finalement que trois raisons qui peuvent se cacher derrière l’envie de se lancer dans un remake: se faire un maximum de pognon sur un concept qui a déjà fait ses preuves et donc limiter les risques de banqueroute, s’amuser, et rendre hommage à une £uvre peu connue ou tombée en désuétude.

En télévision, temple de la rentabilité par excellence, c’est souvent la première qui prévaut. Manque d’inspiration, de moyens disponibles… toujours est-il que cette saison télé U.S. a plus encore que la précédente, misé sur la supposition qu’on ferait les meilleures soupes dans les vieilles casseroles. Cet automne 2009 a ainsi vu naître, entre autres « refaisages », les versions 2.0 de V et de Melrose Place, qui, l’une comme l’autre, se vautrent dans la facilité et se prennent très au sérieux.

On s’attendait donc au pire quand on a appris il y a quelques mois que Le Prisonnier, feuilleton briton mythique des années 60, allait être retapé au goût du jour par une équipe américano-britannique. L’inquiétant n’étant pas tant l’incursion américaine dans une £uvre au cachet typiquement british, que la contraction de 17 épisodes originels en 6 et le dépoussiérage d’une dénonciation du collectivisme soviétique qui s’installait bien dans son époque.

Le 15 novembre dernier, « I’m not a number, I’m a free man! » a résonné sur les écrans américains, porté par la petite chaîne AMC.

Village voice

Pas un numéro et pourtant, le héros du Prisonnier s’appelle 6. Il ne se rappelle d’ailleurs plus du nom qu’il portait dans son autre vie, celle d’avant le Village. Il est persuadé qu’il y eut un avant et un ailleurs, mais personne ne le croit. Ou personne ne l’admet, c’est selon. Et quand 6 veut explorer les bords de la carte de ce petit monde, une boule blanche – le rôdeur – s’emploie à l’en décourager violemment. Voilà pour le terreau commun à la série de 1967 et celle de 2009. Pour le reste, on a flanqué un frère à 6, le numéro 2 reste identique – alors qu’il changeait d’épisode en épisode -, et c’est l’ombre des attentats du 11 septembre qui plane sur le Village plutôt que le souffle de la guerre froide. Outre-Atlantique, beaucoup ont crié au scandale, au crime de lèse-majesté à cause de ces digressions. Pas nous: non seulement parce que les thématiques du Prisonnier (l’Etat policier, la standardisation des individus, la perception du réel…) n’ont ici rien perdu de leur pertinence, mais aussi parce que formellement, ce remake est un succès. Avec un Village – jadis bourgade galloise très carton-pâte – qui est une impressionnante base rétro-futuriste posée dans le désert namibien. Avec une écrasante sensation de solitude parmi la foule, grâce à une caméra embarquée au plus près des corps. Avec une esthétique de la paranoïa. Et de vraies gueules – Ian McKellen dans le rôle de N°2 en tête. Le Prisonnier original avait pris 42 ans dans la tronche, ce qui le rendait quelque peu difficile d’accès pour les novices. Celui-ci donne envie de s’y replonger. C’est peut-être tout simplement ça, un remake réussi. Quelles que soient les raisons ayant présidé à l’initiative.

myriam leroy

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