Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Le cas de l’Oncle Tom – Tom Jones le crooner n’a jamais oublié qu’il est -aussi- un formidable chanteur rock. Démonstration sur l’impressionnant 24 Hours.

Tom Jones

« 24 Hours »

Distribué par EMI

A part Elvis sortant du tombeau, on ne voit pas très bien quel vétéran pourrait revenir avec un tel album suintant de vocalises caramélisées à la testostérone. Tom Jones, 68 berges, a déjà eu deux vies au moins. Celle du crooner intensif des années 60-70 où l’énormité de sa voix comme de sa popularité le propulse dans les sphères interstellaires du showbiz US, shows télés perso compris. Il devient une attraction las vegasienne au même titre que la Caesar Salad ou le cocktail de crevettes. Une cuisine dont on ne se remet pas forcément, même si on ne peut oublier l’interprétation mastoc de Green Green Grass Of Home ou Delilah faisant exploser les charts sixties.

Comme tant d’autres, Jones, gosse fauché du Pays de Galles, pays de charbon noirs et de collines vertes, se perd dans l’illusion nocturne de Beverly Hills et des chèques fastueux. Le Tom Jones première époque s’efface d’ailleurs à peu près au moment où le punk entre en scène. Il faut attendre une décennie supplémentaire et l’association inattendue d’Art Of Noise – chipoteurs arty – dans la reprise du Kiss de Prince, pour que Jones se déringardise. Gros tube, nous sommes fin 1988. Depuis lors, le chanteur velu à bagouzes et grosse voix, a sorti régulièrement des disques à succès et son Reload de reprises en 2000 s’est même vendu à quatre millions de copies.

Mais ce 24 Hours est d’une autre trempe musicale, supérieure: dès le premier titre, Jones annonce ses désirs grondants. Il impose à I’m Alive – une reprise d’un tube de 1969 de Tommy James & The Shondells- une prestance et une saveur qui dépassent la simple énergie tonitruante. Vocalement parlant, il domine toujours la note, mais dans ce cas-ci, les chansons suivent également. Et quelles chansons! Toutes coécrites par Jones qui fait de 24 Hours son album le plus personnel, le plus intime.

Une célébration de la vie

De rock viril en ballades fêlées, il ressemble à un boxeur qui refuse la limite d’âge, transformant les impasses du vieillissement en un torrent d’émotions sans âge. S’il campe formidablement bien les morceaux directs du disque – If He Should Ever Leave You, We Got Love, Feels Like Music – tous très entraînants, c’est dans la lenteur qu’il transcende littéralement ses qualités. Dans The Road où il parcourt le chemin de ses infidélités – bien qu’il soit toujours marié à la même femme depuis 52 ans… – dans sa magnifique reprise d’un titre de Springsteen ( The Hitter), et plus encore, si c’est possible, dans l’ultime plage du disque, un 24 Hours, récit monumental de l’attente d’un condamné dans le couloir de la mort.

Fils de mineur, Tom a chopé la tuberculose à l’âge de 13 ans: la maladie l’a forcé à deux années de réclusion. Il s’était juré que s’il s’en sortait, il ne se plaindrait plus jamais. Et cette force inamovible, un demi-siècle plus tard, a enfanté ce disque puissant qui est d’abord une célébration de la vie. Contre l’adversité.

Philippe Cornet

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