Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

L’AMI AMÉRICAIN – EN SOLO OU AVEC MANASSAS, STEPHEN STILLS A COMPOSÉ UN FOLKY-BLUES-LATINO-PSYCHÉ-ROCK DIGNE DU MEILLEUR JUS RICAIN DES ANNÉES 60-70.

BOX 4 CD « CARRY ON

DISTRIBUÉ PAR WARNER.

À la rubrique people, Stephen Stills est ce blondinet de 27 ans pour lequel Véronique Sanson -jeune, belle et bêlante- se tire un soir de printemps 1972 de l’appartement parisien partagé avec Michel Berger. Véro vient de voir Stills à l’Olympia en compagnie de son groupe Manassas: non seulement, ce fils de famille militaire rentre et sort de scène en marchant sur les mains mais sa musique possède le même équilibre dithyrambique. Un mix de cromagnon folk-blues passé au 220 V du psychédélisme avec de larges rasades latinos: sur ce script éclectique et moderne, le musicien de taille moyenne -1m70- déploie un talent majeur où l’on coche sa voix crayeuse et ses atours mélodiques. Pas pour rien qu’Hendrix veut l’engager comme bassiste de son trio Experience -on oubliera de lui faire le message- et que Neil Young, prince des misanthropes, bourlingue en sa compagnie dès les mid-sixties dans Buffalo Springfield. L’un des 82 titres de ce coffret couvrant les années 1962-2005 est d’ailleurs For What It’s Worth, magistral tube Buffalo de 1967, rock sur harmonies épidermiques en quête d’angélique perfection. Le mobile de la vie selon Stephen.

A l’écoute des quatre disques qui compilent la carrière Stills sur cinq décennies, plein de choses se bousculent. D’abord, l’impression de (re)découvrir un compositeur d’envergure, plutôt ignoré dans la Fédération Wallonie Bruxelles (…), alors que de la Flandre à la France, des Londoniens aux Floridiens, le nom de Stills porte nettement au-delà du mec qui a fait un fils -Chris, né en 1974- à l’ex-compagne de Pierre Palmade. De fait, il y a autant de panache intemporel que de ratatouille rétro et même démodée dans ce long fleuve de musique, incluant par exemple les brillants Black Queen et Love The One You’re With du premier disque solo de Stills, daté de fin 1970. La grâce passe par une gourmandise boogie-blues (Marianne)et puis aussi tout ce groove latino (Cuban Bluegrass)hérité d’une enfance passée au Costa-Rica, Panama et Salvador. Le box suit les carrières parallèles de l’oiseau, vampirisé dès la fin sixties par le parcours étoilé de Crosby, Stills & Nash auquel s’ajouteront bientôt Neil Young et un virulent supplément de gloire. D’où les fameuses harmonies vocales des quatre virtuoses, incarnation d’un suprême babacoolisme transgénique. Celui-ci prend un foudroyant coup de vieux lorsque le punk ’77 balaie toute convivialité fleurie et renvoie Stills et ses potes à leurs luxueuses chaumières de Laurel Canyon. Ils ne cesseront pourtant jamais d’en revenir, avec plus ou moins d’inspiration et d’à-propos. Cet intéressant coffret raconte cela aussi.

EN CONCERT LE 11 JUILLET AU KURSAAL D’OSTENDE AVEC CROSBY, STILLS & NASH.

PHILIPPE CORNET

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