Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

Bye bye Lénine – Trois jeunes photographes russes s’exposent au Passage de Retz, à Paris. L’occasion de faire le point sur une génération artistique libérée des contraintes idéologiques.

Au Passage de Retz, 9 rue Charlot, à 75003 Paris. Jusqu’au 03/05.

Qu’en est-il de la photographie russe actuelle? La question mérite d’être posée dans ce vaste pays en pleine mutation qui se découvre comme un véritable bouillon de culture. L’exposition temporaire que lui consacre en ce moment le Passage de Retz permet d’esquisser un début de réponse. Trois photographes sont sur la sellette: Petr Lovigin, Tim Parchikov et Georgy Pervov. Chacun d’entre eux propose des images emblématiques d’un rapport à un réel bouleversé. Mais ce n’est pas seulement au niveau individuel que l’on peut saisir cette nouvelle réalité photographique russe, celle-ci se loge aussi dans le rapport dialectique qui unit les deux premiers artistes au troisième. Petr Lovigin et Tim Parchikov ont une vingtaine d’années, Georgy Pervov est un trentenaire dont l’£uvre dialogue encore avec la question de l’idéologie. Cet affranchissement vis-à-vis du pouvoir et des lieux communs qui caractérise le travail des plus jeunes semble se profiler comme un nouvel horizon pour la création.

Esthétisme versus social

Lovigin et Parchikov appartiennent à un socle générationnel dominé par le cinéma et Internet. Le premier est originaire de Iaroslavl, une ville sur la Volga. Architecte de formation, ce passionné de cinéma a arpenté son pays de long en large. Ses séries sont dominées par l’humour et le grotesque. Au centre de son travail, l’idée de liberté, une obsession terriblement russe. Diplômé de l’Institut de cinématographie, le second est né à Moscou. Hanté par les questions du cadre, de la couleur et de la lumière, son travail se définit avant tout comme une quête formelle. Ses prises de vue se caractérisent par une tension interne qui appelle un développement inattendu. Il préfère photographier de nuit, moment où les lieux et les personnages se détachent plus clairement. Face à ces tenants d’une vision esthétisante de la photo, Georgy Pervov apparaît préoccupé. Nulle légèreté ici et pas d’humour, l’homme passe la société russe à travers le prisme du documentaire. Ses images racontent la formation du capitalisme et les soucis des gens ordinaires qui perdent pied dans cette nouvelle configuration. Au-delà de cette différence majeure, un élément fort sert de dénominateur commun au travail de ces trois photographes. Il s’agit d’un fond littéraire et philosophique qui sous-tend l’ensemble des images. Un dénominateur commun duquel s’échappent des prémonitions apocalyptiques.

www.passagederetz.com

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