Mothering Sunday

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Découverte en 2015 avec Bang Gang (Une histoire d’amour moderne), où elle se penchait sur la sexualité adolescente, la cinéaste française Eva Husson a suivi ensuite un parcours sinueux, épousant maladroitement la cause des femmes yézidies au Kurdistan irakien dans Les Filles du soleil, avant de s’atteler à la série Hanna. Mothering Sunday, son troisième long métrage et le premier en anglais, la voit s’emparer avec un incontestable bonheur du roman éponyme de Graham Swift, paru en 2016. L’action s’ouvre à Beechwood House, dans la campagne anglaise, le 30 mars 1924, jour de la fête des mères où les domestiques de l’aristocratie reçoivent traditionnellement congé pour rendre visite à leur famille. Circonstances que Jane Fairchild (Odessa Young, frémissante), la servante des Niven (Olivia Colman et Colin Firth), par ailleurs orpheline, entend mettre à profit pour retrouver son amant, Paul Sheringham (Josh O’Connor), pour ce qui pourrait être leur dernier rendez-vous, le jeune homme de bonne famille devant se marier avec une notable, Emma Hobday (Emma D’Arcy)… De cette trame d’apparence classique, Eva Husson tire un drame d’une troublante intensité. Hanté par la mort – tant les Niven que les Sheringham, qu’unit une amitié de longue date, ont perdu des fils à la guerre –, Mothering Sunday est aussi le portrait d’une artiste en devenir. Jane Fairchild donc, écrivaine dont le scénario (que l’on doit à Alice Birch, autrice de ceux de Lady Macbeth et de la série Normal People) télescope habilement différents moments de l’existence en quelque perspective impressionniste, l’écho de cette journée particulière n’en finissant plus d’irriguer sa mémoire, en un mouvement que la mise en scène stylisée orchestre tout en sensualité.

D’Eva Husson. Avec Odessa Young, Josh O’Connor, Colin Firth. 1 h 44. Sortie: 29/06.

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