Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

MARS ATTAQUE – Le temps d’une expo atypique, la Barbican Art Gallery de Londres jette un regard extraterrestre sur l’art contemporain.

A la Barbican Art Gallery, Londres. Jusqu’au 18/05.

Cela fait partie de ces projets décalés comme les Anglais les aiment. La Barbican Art Gallery de Londres vient de mettre sur pied une exposition pas banale. Le principe? Présenter l’art contemporain par le prisme d’un musée fictif qui aurait été conçu par et pour des extraterrestres. Cette idée assez géniale permet de jeter un regard neuf teinté d’un brin d’ironie – l’esprit des Lettres Persanes de Montesquieu n’est pas loin – sur la pratique de l’art contemporain. Le concept repose – cocorico! – sur des fondations qui ne sont pas sans lien avec la Belgique. Le Martian Museum of Terrestrial Art s’inspire du premier chapitre de Kant after Duchamp, un ouvrage signé par l’historien de l’art belge Thierry de Duve. Dans son livre, ce dernier met en scène un anthropologue venu d’ailleurs aux prises avec la question de l’art, notion inconnue sur la planète d’où il vient. En découle un classement étrange (quoique) qui évacue nos préjugés sur la création. La logique de l’anthropologue est la suivante: considérer les £uvres comme des objets ayant une fonction, qu’elle soit réelle ou symbolique. Partant de ce postulat et à travers le commissariat de Francesco Manacorda et Lydia Yee, la Barbican Art Gallery livre une exposition dont le name-dropping fait rêver.

QUE DU BEAU MONDE

Quelque 120 artistes sont présentés et non des moindres: Wim Delvoye, Marcel Broodthaers pour la minute belge mais également Maurizio Cattelan, Paul McCarthy, Andy Warhol, James Lee Byars, Damien Hirst, Sigmar Polke, Annette Messager, Bruce Nauman… Bref, que du beau monde. L’événement se découpe en quatre sections: parenté et généalogie, magie et croyance, rituel, communication. Ces thèmes globaux cachent des sous-ensembles plus petits façon culte des ancêtres, reliques et esprits, contact culturel ou encore objets de cérémonies. La balade à travers les £uvres prend tout son sens lorsque l’on écoute l’audio guide et que l’on prend la peine de lire les légendes. Ceux-ci relèvent de l’approche « extraterrestre », esquissant une vision de l’art réjouissante pleine de confusions et de malentendus. L’effet est excellent qui renvoie directement à nos certitudes et à ses fondements. Du coup, on ne peut s’empêcher de remettre en question le regard que l’art occidental porte sur les £uvres issues des autres cultures… Et si les Martiens, c’était nous?

www.barbican.org.uk/artgallery

MICHEL VERLINDEN

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